28/12/2021

H. participant à la promotion 2021 de l'AQI de Paris.

En octobre dernier, H. a intégré la dernière promotion de l’Atelier Qualification-Insertion (AQI) de Paris : un parcours diplômant qu’il démarre à l’âge de 32 ans.

Pouvez-vous nous retracer votre parcours avant votre aménagement de peine sous bracelet électronique ?

J'ai été condamné à huit ans d'emprisonnement et j'ai effectué trois ans et demi derrière les barreaux, d’abord à Villepinte (93) puis à Liancourt (60). J’ai toujours travaillé en détention au départ au service de buanderie, puis à la maintenance pour des petits travaux de réparation. J'ai également été auxiliaire c’est-à-dire que j’assurais la distribution des repas aux autres personnes détenues. Dès que j’ai pu le faire, j’ai demandé au service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP) un aménagement de peine avec un bracelet électronique.

Depuis combien de temps portez-vous le bracelet électronique ?

Je porte un bracelet électronique depuis juillet 2021. J'ai été accompagné pendant quelques mois par l’association les 3A à Bobigny, puis j’ai postulé pour participer à l’[Atelier Qualification Insertion de l’Îlot] car je souhaite me former et travailler dans la restauration collective.

Pourquoi avez-vous demandé un aménagement de peine sous bracelet électronique ?

J'ai fait une demande d'aménagement de peine car la vie en prison ce n'est pas une vie et il faut vraiment le vivre pour comprendre. Je suis resté enfermé pendant plus de 3 ans dans 9m2. Le temps en prison est bien plus long et la vue est très limitée, il y a des barreaux partout. Quand on sort,c’est un choc.

Quelles sont vos contraintes horaires ? Et sont-elles compatibles avec vos projets, notamment la formation que vous suivez à l’Îlot ?

Actuellement, j’ai le droit de sortir avec mon bracelet entre 7h30 et 18h, cela me convient car c'est des horaires compatibles avec ma formation. Je ne veux absolument pas retourner en prison donc je vais vraiment respecter les horaires. Il peut y avoir des contraintes avec un bracelet électronique mais je pense que ce n'est rien à côté de la prison.

Considérez-vous qu’avoir un bracelet électronique, c’est plutôt une chance ou un fardeau ?

Je considère qu'avoir un bracelet électronique est comme une chance car je peux faire tellement plus de choses, être actif, sortir et être avec ma famille.

Qu’est ce que vous pèse le plus dans le port du bracelet ?

Ce qui me pèse le plus avec le bracelet, mais plus largement avec la peine de prison, c’est le regard de ma famille et leur incompréhension. Il y a un peu de honte et de difficultés à parler de la prison et à expliquer pourquoi aujourd’hui je porte un bracelet électronique et pourquoi à certains moments de la journée je ne peux pas les accompagner au parc car mes horaires l’interdisent. Ce n’est pas tout le temps facile de renouer des liens sociaux quand, pendant trois ans, on est seul dans une cellule. On a tendance à se renfermer sur nous-même.

À la sortie, c’est compliqué d’être à nouveau sociable et encore plus aujourd'hui avec le COVID-19 où les relations humaines sont plus difficiles.

Ce qui peut me pèser également c’est qu'à la sortie de prison, on a envie de faire plein de choses que ce soit des démarches administratives ou rattraper le temps perdu. Or, on vit avec une pendule dans la tête car il ne faut absolument pas que le bracelet sonne parce que je ne suis pas rentré à temps chez ma sœur. C’est une forme de prison même si je préfère celle-là à la détention.

Comment se passe le début de la formation à l’Îlot ?

Cela va faire maintenant quelques semaines que j’ai commencé la formation et je suis très content. L’équipe est vraiment super. Les salariées sont très patientes avec nous car elles savent que la prison peut laisser des traces, elle savent s'adapter à nous. Personnellement, je suis déterminé à suivre la formation jusqu’au bout et à passer mon diplôme. J’aimerais plus tard travailler dans la restauration.

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