22/03/2021

Le placement extérieur aux Augustins

Au début de l’été 2020, l’Îlot a signé avec la Direction Interrégionale des Services Pénitentiaires de Lille un avenant à sa convention afin d’accueillir dans ses établissements septentrionaux des personnes en placement à l’extérieur.

Qu’est-ce que le placement à l’extérieur ?

Le placement à l'extérieur est une mesure qui permet aux personnes condamnées d’exécuter leur peine à l’extérieur de la prison. La personne bénéficie d’une prise en charge réalisée le plus souvent par une association qui l’encadre et parfois l’héberge.

Il s'agit d'un aménagement de peine dit "sous écrou" au cours duquel la personne est soumise à des obligations tout en bénéficiant de mesures d'assistance pour ses démarches d'insertion. Comme tous les aménagements de peine, cette mesure décidée par le juge d’application des peines permet à la personne de recouvrer progressivement la liberté et l’autonomie en étant accompagnée par des travailleurs sociaux, et ce afin d’aider à sa réinsertion
Le placement à l’extérieur est considéré comme l’aménagement de peine le plus efficient au regard des objectifs de réinsertion : responsabilisation de l’individu, soutien au respect des obligations de soins, (ré)insertion sociale et professionnelle, construction d’un projet de vie…
L’intérêt de cet aménagement de peine est d’éviter l’effet désocialisant de la prison, d’exécuter une partie de sa peine de prison à l’extérieur à des fins de réinsertion et d’éviter les sorties sèches, facteurs de récidive.

L’origine du projet

Sur Amiens, l’association l’APREMIS dispose d’une quarantaine de places pour accueillir des personnes en placement à l’extérieur. Pour autant, de nombreuses personnes incarcérées ne bénéficiaient pas de cet aménagement de peine car elles ne correspondent pas au profil des personnes accueillies par cette association (personne relativement autonome ou en emploi, sous placement à l’extérieur pour une durée d’au moins 8 mois). Pour pallier ce manque d’accompagnement de personnes détenues plus marginalisées et très éloignées de l’emploi, le directeur du SPIP de la Somme a contacté l’Îlot. Ainsi, nous accueillons des personnes venant de la maison d’arrêt d’Amiens, condamnés à de courtes peines (moins de 6 mois), dont la démarche de réinsertion est nettement plus fragile que celles reçues par l’APREMIS, et sans hébergement. Les orientations sont essentiellement faites par le SPIP et validées par le juge d’application des peines.

Intervenir dès la prison

Avant l’intégration au sein de notre centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) les Augustins, nos travailleurs sociaux rencontrent une première fois la personne en détention afin de la connaître et appréhender sa motivation à rejoindre l’Îlot. Si ce premier entretien se révèle concluant, une visite est organisée au CHRS afin que la personne se projette dans l’établissement et qu’on lui présente les règles de vie en collectivité. A la fin de ce parcours, le conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation (CPIP) valide le placement à l’extérieur et le soumet au juge d’application des peines.

Quel suivi dans notre centre d’hébergement et de réinsertion sociale ?

Lors de leur séjour aux Augustins, les personnes en placement à l’extérieur bénéficient d’un accompagnement individuel et global comme pour toute personne accueillie dans l’établissement. A la différence des autres bénéficiaires, elles sont soumises à des contraintes et sont autorisées à sortir de l’établissement pour effectuer leurs démarches administratives, de recherche d’emploi ou de soins, uniquement de 8h à 11h30 et de 15h à 18h. Elles doivent obligatoirement participer à des ateliers portant sur la citoyenneté, la gestion du budget, la recherche d’un travail, la prévention des risques en addictologie, mais également des ateliers d’écriture et de relaxation. Si la Justice ordonne une injonction de soins, l’Îlot se porte garant des démarches de santé.
L’accueil en placement extérieur modifie le positionnement des travailleurs sociaux. Un volet surveillance s’ajoute à l’accompagnement socio-éducatif classique. En effet, nous avons l’obligation d’alerter le SPIP en cas de retard ou d’absence de la personne en placement à l’extérieur, SPIP qui peut le cas échéant en référer au juge d’application des peines qui décidera d’une réincarcération de la personne.

Le placement à l’extérieur reste un aménagement de peine encore peu prononcé aujourd’hui en comparaison au bracelet électronique. Au 1er juillet 2019, 625 personnes en bénéficiaient contre 11 883 personnes en bracelet électronique. L’intérêt de cette convention est d’accueillir plus de personnes et de profil différent dans le cadre du placement extérieur dans le département de la Somme. Grâce à l’Îlot, ce sont des personnes incarcérées pour de courtes peines fortement désocialisantes et éloignées de l’insertion qui peuvent profiter d’un accompagnement complet. A l’avenir, l’Îlot en accord avec l’Administration pénitentiaire pourrait proposer le placement extérieur ab initio, c’est-à-dire dès le jugement afin d’éviter le passage en prison et les risques de récidive.

Les chiffres clés

Une récidive inférieure à 6% lors de l’exécution de la mesure de Placement à l’extérieur(1)

Prix moyen d’une journée en détention entre 64 et 140€ contre 31€ pour un placement à l’extérieur(2)

(1) Source Citoyens et Justice
(2) Source CESE Rapport sur la réinsertion des personnes détenues, 2019

Nous avons besoin de vous !

Sans votre soutien, nous ne pouvons mener à bien nos missions et agir sur tous les facteurs nécessaires à une réinsertion réussie comme l’accès à l’emploi ou à un logement, et lutter ainsi contre la récidive.

Offrez une seconde chance aux personnes en grande précarité et à celles et ceux qui ont connu la prison !

Faites un don

Abonnez-vous pour rester informé(e) !