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27/07/2021

Le TIG, un outil de réinsertion professionnelle

Depuis 2016, en Seine-Saint-Denis (93), nous accueillons des personnes condamnées au travail d’intérêt général (TIG). Ici les TIG sont dits « pédagogiques » car il s’agit avant tout de travailler sur l’insertion professionnelle et de permettre ainsi à la personne de trouver une place dans la société afin d’éviter la récidive.

Isabelle Cartagena, Responsable des Ateliers Qualification-Insertion d’Île-de-France, revient pour nous sur le fonctionnement des « Sessions d’Orientation Approfondie » (SOA).

La peine alternative prend ici tout son sens et a une vraie valeur ajoutée pour la société.

Isabelle Cartagena, Responsable AQI Île-de-France

« Chaque année, nous organisons deux « Sessions d’Orientation Approfondie » (SOA) qui accueillent en grande majorité des personnes condamnées à un Travail d’Intérêt Général (TIG). Dans le cas d’une SOA, on parle de TIG pédagogique car il s’agit surtout d’insérer et socialiser la personne, et non pas de réaliser un travail de « réparation » comme c’est le cas lors du TIG individuel.

Une SOA dure huit semaines et a pour objectif de travailler sur les compétences et les projets professionnels de la personne accompagnée. Les deux premières semaines sont consacrées à faire le point sur les expériences et à définir des parcours professionnels possibles. Afin de tester et affiner leur projet, les tigistes doivent réaliser une enquête métier auprès de professionnels, puis valider leur choix par un stage d’une semaine en entreprise dans le métier envisagé.

Ensuite à travers des ateliers collectifs et des entretiens individuels, ils continuent à travailler sur les démarches à accomplir pour trouver un emploi, à rédiger un CV, à s’entraîner à l’entretien d’embauche, ou bien à trouver une formation afin de postuler au métier convoité.

Chaque tigiste est accompagné par un seul et même conseiller en insertion professionel qui sera son référent. Ainsi un lien fort se créé pendant les 105 heures de TIG qui correspondent à une SOA. A la fin du TIG, nous proposons à la personne un suivi pouvant durer jusqu’à 6 mois si celle-ci en ressent le besoin pour continuer ses démarches d’insertion professionnelle.

Dans cette forme de TIG pédagogique, il y a un véritable travail sur la désistance et la sortie de schémas délinquants. La peine alternative prend ici tout son sens et a une vraie valeur ajoutée pour la société. Nous accueillons beaucoup de personnes qui ne connaissent que le monde du trafic ou des activités illégales depuis leur adolescence. En faisant des stages, en rencontrant d’autres personnes, on sort les jeunes des habitudes du quartier et on leur permet de découvrir qu’une autre voie est possible.

Nous avions ainsi le cas d’un jeune manifestant black bloc, condamné pour dégradation de biens publics, et qui avait une aversion forte pour le monde de l’entreprise. Grâce à son stage d’une semaine dans une PME, il a revu ses préjugés sur les patrons, et s’est rendu compte qu’il avait été traité avec respect et considération pendant son stage.

Cette ouverture d’esprit, on la retrouve aussi, chez les jeunes qui vendent des stupéfiants dans les quartiers défavorisés. M. avait un projet de création musicale mais n’avait jamais osé en parler, ni pris le temps d’y réfléchir, plongé dans le quotidien du trafic de drogue. Lors de la SOA, il a pu faire le point avec sa CIP sur le réseau dont il disposait dans le milieu, sur les étapes qui lui manquaient avant de pouvoir proposer un single à un producteur de musique.

Même pour ceux qui n’ont pas de projets définis, un stage en entreprise permet d’apprendre sur soi. B. a fait un stage d’une semaine chez un coiffeur. Ce n’est pas un métier qu’il souhaite faire, mais il a réalisé pendant cette semaine qu’il appréciait la relation client. Il a rencontré de nouvelles personnes, s’est senti valorisé et a gagné en assurance.

Avec le nombre d’heures de TIG qui pourra être, désormais, porté à 400 heures, nous réfléchissons à coupler TIG pédagogique et TIG individuel. L’avantage serait de multiplier les expériences professionnelles du tigiste, tout en bénéficiant du soutien renforcé dispensé lors d’une SOA.
On peut également imaginer des ateliers de remise à niveau car beaucoup de tigistes n’ont pas de diplômes et ont arrêté tôt leurs études, ce qui est un frein important pour l’accès à l’emploi. »

Nous avons besoin de vous !

Sans votre soutien, nous ne pouvons mener à bien nos missions et agir sur tous les facteurs nécessaires à une réinsertion réussie comme l’accès à l’emploi ou à un logement, et lutter ainsi contre la récidive.

Offrez une seconde chance aux personnes en grande précarité et à celles et ceux qui ont connu la prison !

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