Pouvez-vous nous présenter le CSAPA ?
Le Centres de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) est divisé en deux parties : le CSAPA « classique » et la Consultation jeunes consommateurs (CJC).
Au CSAPA nous accompagnons les personnes ayant une consommation à risque ou une addiction, qu’il y ait ou non une substance impliquée, ainsi que leur entourage.
Notre équipe constituée de médecins, infirmiers, psychologues et professionnels socio-éducatifs, assure l’accueil, l’évaluation médicale, psychologique et sociale, la prévention, la réduction des risques, et la prise en charge globale de chacun. Nous proposons également des traitements de substitution aux opioïdes, comme la méthadone, pour les personnes dépendantes à l’héroïne.
La CJC accueille des jeunes de 18 à 25 ans consommateurs. Nous pouvons aussi accompagner les familles : parents, grands-parents, oncles, tantes… Il n’est pas obligatoire que le jeune soit suivi pour que la famille puisse venir. Les proches peuvent simplement venir chercher des informations, parler de leur situation, être aidés sur la façon d’accompagner un jeune consommateur et de limiter les conflits, qui sont souvent la principale raison de leur venue.
On observe d’ailleurs beaucoup plus de mamans que de papas : les pères gardent souvent plus de distance, alors que les mères sont plus présentes.
Pour les jeunes, le fonctionnement est proche de celui du CSAPA : ils sont d’abord reçus par un travailleur social, puis par un psychologue si nécessaire. En général, sur cette tranche d’âge, les consommations concernent surtout le cannabis et l’alcool, donc il n’y a pas systématiquement besoin d’un médecin.
Cependant, certains jeunes, notamment ceux qui ont connu des placements précoces à l’Aide sociale à l’enfance (ASE) ou des parcours en foyers, peuvent consommer des opiacés très tôt. Dans ces cas-là, ils ont accès à l’infirmière et au médecin.
Au sein de la Consultation jeunes consommateurs, il y a aussi un volet prévention, avec des interventions dans les établissements scolaires.
Est-ce que le CAARUD est une porte d’entrée vers le CSAPA ?
Pas automatiquement. Le CAARUD n’a pas pour mission première d’amener les personnes vers le CSAPA. On y vient surtout pour échanger autour des consommations.
On ne force jamais quelqu’un à entrer en soin.
La seule exception concerne les obligations judiciaires. Au CSAPA, soit la démarche est volontaire, soit la personne est orientée par la justice. Dans ce cas, le soin est obligatoire, ce qui rend le travail plus complexe, car ce n’est pas un choix personnel. Il faut réussir à accrocher la personne.
Si quelqu’un vient au CAARUD en nous disant qu’il a une obligation de soins, là on l’accompagne clairement vers le CSAPA : prise de rendez-vous, démarches, explications. S’il ne respecte pas cette obligation, il risque de repasser devant le juge, avec à terme des sanctions plus lourdes. Dans ce cadre-là, le CAARUD joue pleinement son rôle d’accompagnement vers le soin.
En revanche, lorsqu’une personne vient simplement pour laver son linge ou échanger, on peut parler du CSAPA, mais si elle n’est pas prête, on n’insiste pas. On sait que, notamment pour les personnes à la rue, la consommation est souvent un moyen de protection vis-à-vis d’une réalité trop dure.
Et pour les personnes insérées socialement ?
Si la personne est insérée et souhaite uniquement se soigner, il n’y a pas forcément d’intérêt à rencontrer un travailleur social.
En revanche, pour les personnes accompagnées par des structures comme le Centre d’hébergement d’urgence de l’Îlot La Passerelle, qui ne sont pas insérées, je joue souvent un rôle de fil rouge entre les structures. Cela permet d’éviter les doublons dans les démarches administratives, car certains usagers font plusieurs demandes en parallèle pour aller plus vite.
En cas d’obligation judiciaire, quels sont vos liens avec la justice ?
Nous envoyons uniquement des attestations de présence. Nous ne rendons pas compte du contenu des échanges ni des consommations, sauf si l’usager est présent et donne explicitement son accord.
Il arrive que le Service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP) ou le Conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation (CPIP) demande un allègement ou un arrêt de l’obligation de soins si la personne ne consomme plus depuis longtemps. Le juge peut aussi demander des éléments médicaux, comme des analyses, mais cela relève alors du médecin.
Concernant les traitements, quel est le rôle du médecin de ville ?
En principe, le médecin de ville se limite au renouvellement. Certains médicaments nécessitent des ordonnances sécurisées, avec un code spécifique permettant aux pharmacies de vérifier leur validité et d’éviter les falsifications.
Pouvez-vous expliquer le parcours sevrage / post-cure ?
Aujourd’hui, on ne parle plus de sevrage « à la dure ». Des traitements sont utilisés pour éviter le manque. Mais un sevrage reste très éprouvant, physiquement et psychiquement.
Un sevrage seul ne suffit pas : sans post-cure, le risque de rechute est très élevé, surtout si la personne retourne dans un environnement où les consommations sont présentes.
Désormais, un sevrage est conditionné à l’existence d’une post-cure en aval. On parle donc de sevrage/cure/post-cure.
La post-cure dure généralement six mois, renouvelables. Certaines structures proposent des appartements thérapeutiques, où la personne est autonome mais encadrée, avant un glissement vers un logement classique.
Sur Amiens, nous avons un Centre thérapeutique résidentiel (CTR) qui accueille des personnes stabilisées, avec ou sans traitement, selon leur choix.
(1) www.drogues-info-service.fr