15/05/2026

CAARUD, CSAPA et CJC, en savoir davantage

Les personnes accompagnées par L’Îlot, souvent en grande précarité ou sortant de détention, font face à de multiples difficultés de santé, notamment des problématiques d’addiction. Pour y répondre, L’Îlot s’appuie sur un réseau de partenaires, dont l’association Le Mail qui dispose de CAARUD, CSAPA et CJC. Ce partenariat permet de proposer un accompagnement adapté, centré sur la réduction des risques et l’accès aux soins.

Nous avons échangé avec Alexandra, de l’association Le Mail à Amiens, pour mieux comprendre le rôle des CAARUD, CSAPA, CJC et la manière dont ce travail commun soutient les parcours des personnes accompagnées. Alexandra travaille dans le secteur social depuis trente ans. Elle a également fait partie de L’Îlot pendant quatorze ans et a participé à l’ouverture de la Balise sociale (ancien accueil de jour de L’Îlot, maintenant remplacé par La Passerelle). Aujourd’hui, elle partage son temps entre le CAARUD et le CSAPA, en tant que coordinatrice de parcours de l’usager.

les Centres d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues (CAARUD) « reçoivent les usagers de drogues qui ne sont pas engagés dans l’arrêt de leur consommation mais qui sont exposés à des risques majeurs de contamination (hépatites, VIH) et d’infection (abcès, plaies). Dans ces centres d’accueil, une attention particulière est portée aux usagers les plus précarisés et marginalisés. Il s’agit de proposer à ces usagers vulnérables un refuge, une pause, la possibilité d’un échange à travers une rencontre. » (1)

Pouvez-vous nous présenter le CAARUD ?
Le CAARUD, c’est un accueil de jour pour les personnes majeures concernées par l’addiction (alcool, drogues, …). En revanche, on ne reçoit pas les personnes addictes aux jeux. Le CAARUD est vraiment dédié à la consommation de produits.
Le CAARUD est ouvert du lundi au vendredi et les personnes peuvent y entrer librement pour récupérer des kits de consommation vierges. Le but est d’éviter des contaminations par partage de matériel. Notre public est principalement constitué de personnes à la rue. Au CAARUD elles peuvent prendre des douches, laver leur linge (machine et sèche-linge).
Sur place, elles peuvent aussi faire des démarches administratives. On a une assistante sociale à temps plein, un psychologue présent le lundi et le vendredi après-midi, deux infirmières à mi-temps et des éducateurs. En tout, on est une équipe de onze personnes.
Pour distribuer du matériel de réduction des risques on fait aussi des maraudes : en centre-ville le jeudi soir avec le 115, et sur d’autres secteurs.
On accueille environ 900 personnes par an. Certaines personnes viennent une fois puis on ne les revoit plus. D’autres viennent juste chercher du matériel. Et certaines sont là régulièrement, parfois tous les jours, parce qu’il n’y a pas d’hébergement.

L’association le Mail travaille en lien étroit avec le Centre d’hébergement d’urgence et accueil de L’Îlot La Passerelle, comment a commencé cette collaboration ?
Ça a commencé à la demande de la mairie d’Amiens. À l’époque, il y avait beaucoup de jeunes en errance. C’était la prévention qui portait le projet : aller vers ces personnes, échanger avec elles, les orienter vers les structures d’urgence.
À ce moment-là existait la Balise sociale, un accueil de jour situé sous le Centre d’hébergement et de réinsertion sociale Les Augustins. Il y avait des travailleurs sociaux et des infirmiers. C’est comme ça que le lien s’est créé. Aujourd’hui, ce sont les LHSS qui occupent les locaux.
À La Passerelle l’équipe nous orientait des personnes, nous avions un bureau à disposition pour des entretiens individuels. Mais le public présent est difficile à atteindre, aussi en accord avec Najet, cheffe de service de La Passerelle et M. Dakaka, le chef de service du CAARUD, nous avons modifié notre organisation. Nous intervenons maintenant une fois par mois sous forme d’ateliers, le jeudi matin de 9h à 12h, autour de l’addiction. Cela n’empêche pas de réaliser des entretiens individuels. La Passerelle peut nous contacter, et lorsque nous sommes en maraude, nous pouvons toujours nous y rendre.
L’équipe de La Passerelle est accueillante. On peut parler librement des usagers, sans jugement. Même avec les nouveaux collègues, l’intégration a été simple. On a vraiment l’impression de faire une seule équipe.
On fait aussi des activités ensemble, comme du sport, avec prudence par rapport à la santé des personnes. Ça permet aussi de rencontrer des personnes qu’on ne connaissait pas et d’échanger dans les deux sens.

Les Centres de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) s’adressent aux personnes ayant une consommation à risque, un usage nocif ou présentant une addiction (avec ou sans substance) ainsi qu’à leur entourage.
Les équipes pluridisciplinaires (médecins, infirmiers, psychologues, professionnels socio-éducatifs) des CSAPA assurent des missions :
• d’accueil, d’information et de prévention, d’évaluation médicale, psychologique et sociale et d’orientation pour le patient ou son entourage ;
• de réduction des risques associés à la consommation de substances psychoactives ;
• de prise en charge médicale, psychologique, sociale et éducative.
La majorité des CSAPA accueille les usagers en ambulatoire. Certains proposent des services de soins résidentiels (Centres thérapeutiques résidentiels, Communautés thérapeutiques, etc.). (1)

Pouvez-vous nous présenter le CSAPA ?
Le Centres de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) est divisé en deux parties : le CSAPA « classique » et la Consultation jeunes consommateurs (CJC).
Au CSAPA nous accompagnons les personnes ayant une consommation à risque ou une addiction, qu’il y ait ou non une substance impliquée, ainsi que leur entourage.
Notre équipe constituée de médecins, infirmiers, psychologues et professionnels socio-éducatifs, assure l’accueil, l’évaluation médicale, psychologique et sociale, la prévention, la réduction des risques, et la prise en charge globale de chacun. Nous proposons également des traitements de substitution aux opioïdes, comme la méthadone, pour les personnes dépendantes à l’héroïne.

La CJC accueille des jeunes de 18 à 25 ans consommateurs. Nous pouvons aussi accompagner les familles : parents, grands-parents, oncles, tantes… Il n’est pas obligatoire que le jeune soit suivi pour que la famille puisse venir. Les proches peuvent simplement venir chercher des informations, parler de leur situation, être aidés sur la façon d’accompagner un jeune consommateur et de limiter les conflits, qui sont souvent la principale raison de leur venue.
On observe d’ailleurs beaucoup plus de mamans que de papas : les pères gardent souvent plus de distance, alors que les mères sont plus présentes.
Pour les jeunes, le fonctionnement est proche de celui du CSAPA : ils sont d’abord reçus par un travailleur social, puis par un psychologue si nécessaire. En général, sur cette tranche d’âge, les consommations concernent surtout le cannabis et l’alcool, donc il n’y a pas systématiquement besoin d’un médecin.
Cependant, certains jeunes, notamment ceux qui ont connu des placements précoces à l’Aide sociale à l’enfance (ASE) ou des parcours en foyers, peuvent consommer des opiacés très tôt. Dans ces cas-là, ils ont accès à l’infirmière et au médecin.
Au sein de la Consultation jeunes consommateurs, il y a aussi un volet prévention, avec des interventions dans les établissements scolaires.

Est-ce que le CAARUD est une porte d’entrée vers le CSAPA ?
Pas automatiquement. Le CAARUD n’a pas pour mission première d’amener les personnes vers le CSAPA. On y vient surtout pour échanger autour des consommations.
On ne force jamais quelqu’un à entrer en soin.
La seule exception concerne les obligations judiciaires. Au CSAPA, soit la démarche est volontaire, soit la personne est orientée par la justice. Dans ce cas, le soin est obligatoire, ce qui rend le travail plus complexe, car ce n’est pas un choix personnel. Il faut réussir à accrocher la personne.
Si quelqu’un vient au CAARUD en nous disant qu’il a une obligation de soins, là on l’accompagne clairement vers le CSAPA : prise de rendez-vous, démarches, explications. S’il ne respecte pas cette obligation, il risque de repasser devant le juge, avec à terme des sanctions plus lourdes. Dans ce cadre-là, le CAARUD joue pleinement son rôle d’accompagnement vers le soin.
En revanche, lorsqu’une personne vient simplement pour laver son linge ou échanger, on peut parler du CSAPA, mais si elle n’est pas prête, on n’insiste pas. On sait que, notamment pour les personnes à la rue, la consommation est souvent un moyen de protection vis-à-vis d’une réalité trop dure.

Et pour les personnes insérées socialement ?
Si la personne est insérée et souhaite uniquement se soigner, il n’y a pas forcément d’intérêt à rencontrer un travailleur social.
En revanche, pour les personnes accompagnées par des structures comme le Centre d’hébergement d’urgence de l’Îlot La Passerelle, qui ne sont pas insérées, je joue souvent un rôle de fil rouge entre les structures. Cela permet d’éviter les doublons dans les démarches administratives, car certains usagers font plusieurs demandes en parallèle pour aller plus vite.

En cas d’obligation judiciaire, quels sont vos liens avec la justice ?
Nous envoyons uniquement des attestations de présence. Nous ne rendons pas compte du contenu des échanges ni des consommations, sauf si l’usager est présent et donne explicitement son accord.
Il arrive que le Service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP) ou le Conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation (CPIP) demande un allègement ou un arrêt de l’obligation de soins si la personne ne consomme plus depuis longtemps. Le juge peut aussi demander des éléments médicaux, comme des analyses, mais cela relève alors du médecin.

Concernant les traitements, quel est le rôle du médecin de ville ?
En principe, le médecin de ville se limite au renouvellement. Certains médicaments nécessitent des ordonnances sécurisées, avec un code spécifique permettant aux pharmacies de vérifier leur validité et d’éviter les falsifications.

Pouvez-vous expliquer le parcours sevrage / post-cure ?
Aujourd’hui, on ne parle plus de sevrage « à la dure ». Des traitements sont utilisés pour éviter le manque. Mais un sevrage reste très éprouvant, physiquement et psychiquement.
Un sevrage seul ne suffit pas : sans post-cure, le risque de rechute est très élevé, surtout si la personne retourne dans un environnement où les consommations sont présentes.
Désormais, un sevrage est conditionné à l’existence d’une post-cure en aval. On parle donc de sevrage/cure/post-cure.
La post-cure dure généralement six mois, renouvelables. Certaines structures proposent des appartements thérapeutiques, où la personne est autonome mais encadrée, avant un glissement vers un logement classique.
Sur Amiens, nous avons un Centre thérapeutique résidentiel (CTR) qui accueille des personnes stabilisées, avec ou sans traitement, selon leur choix.

(1) www.drogues-info-service.fr

Nous avons besoin de vous !

Sans votre soutien, nous ne pouvons mener à bien nos missions et agir sur tous les facteurs nécessaires à une réinsertion réussie comme l’accès à l’emploi ou à un logement, et lutter ainsi contre la récidive.

Offrez une seconde chance aux personnes en grande précarité et à celles et ceux qui ont connu la prison !

Faites un don

Abonnez-vous pour rester informé(e) !