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Les programmes de lutte contre la récidive en prison

De nombreux projets, expérimentaux ou non, sont poursuivis actuellement dans les prisons françaises. Inspirés parfois par nos voisins européens, ils démontrent que si l’on prend la peine de réinsérer, les résultats sont là.

Module « Respect »

Ce programme, inspiré du projet Respecto espagnol, a été adapté dans les prisons de Mont-de-Marsan (40). L’exemple landais a depuis essaimé dans d’autres établissements, comme les centres de détention de Neuvic (19) ou d’Eysses (47), les quartiers maison d’arrêt des centres pénitentiaires de Beauvais (60) et Riom (63), la maison d’arrêt de Villepinte (93) ou tout récemment au centre pénitentiaire de Liancourt (60). Ces modules profitent aujourd’hui à 850 détenus . Son principe : un contrat basé sur le respect qui offre des «avantages» aux détenus mais aussi des obligations.

Le fonctionnement

Le dispositif, encore unique en France, s’inscrit dans un plan de lutte contre les violences en milieu carcéral mis en place en 2014 par le ministère de la Justice. Il poursuit quatre objectifs :

  1. Redonner du sens au travail des surveillants en ne les réduisant pas au simple rôle de porte-clefs;
  2. Responsabiliser la personne détenue pour mieux préparer sa réinsertion ;
  3. Apaiser les tensions à l’intérieur de la détention ;
  4. Occuper les personnes détenues.

Le système repose sur le respect de règles de vie. Pour ceux qui les suivent, les avantages sont multiples. Fini les portes verrouillées de l’extérieur – du moins en journée.

  • A Mont-de-Marsan, un accès au gymnase et au terrain de sport est spécifiquement réservé aux personnes détenues « Respect » le week-end. Une bonne conduite peut donner lieu à des récompenses comme une paire de baskets ou la gratuité de la télévision pendant quinze jours…
  • A Liancourt, le système va même plus loin : les gratifications peuvent être des bons de cantine « privilège » de 30 euros, mais aussi des passe-droits, comme la possibilité de se faire remettre des produits d’hygiène aux parloirs, de partager des produits cantinés avec ses proches (ce qui est interdit en principe) ou d’accéder plus fréquemment aux unités de vie familiale que ce qui est garanti par la loi (tous les deux mois au lieu de trois).

Le contrat « Respect », ce sont aussi 25 heures d’activités variées par semaine afin de lutter contre le désœuvrement, se resocialiser et préparer sa sortie. A la maison d’arrêt de Villepinte, cinq ateliers obligatoires ont été mis en place, parmi lesquels « respect de la loi », « valeurs de la République » ou « estime de soi ». Les personnes détenues peuvent aussi choisir des ateliers optionnels comme « jeux de société » ou « métiers de la vente ».

Les résultats

D’après le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL), le régime Respect est un dispositif intéressant en ce qu’il promeut l’autonomie des personnes et allège les contraintes sécuritaires. Le climat en détention est apaisé, les violences diminuent. Les surveillants exercent leur métier de manière différente et plus valorisante, ce qui génère une plus grande satisfaction au travail.
Le revers de ce régime est un système qui peut accentuer les inégalités entre prisonniers avec ceux qui bénéficient des avantages du module « Respect » et les autres en détention classique.

La communauté thérapeutique de Neuvic

Inaugurée en juin 2017 au centre de détention de Neuvic, à Périgueux, « l'unité de réhabilitation pour usagers des drogues » (URUD) est un programme expérimental associant le CEID de Bordeaux, l’Agence régionale de Santé (ARS) de Nouvelle Aquitaine et la Direction interrégionale des Services pénitentiaires de Bordeaux (DISP). Il propose une adaptation du modèle des communautés thérapeutiques au contexte carcéral.

Le fonctionnement

Cette unité, qui propose un accompagnement thérapeutique et pluridisciplinaire, accueille un public souffrant d’addictions de tous types. L’état d’abstinent n’est pas une condition nécessaire à l’URUD mais il faut être volontaire et s’inscrire dans un désir d’abstinence. Chaque jour, les personnes détenues participent à des groupes de parole. « Ils discutent de tout ce qui les a amenés au passage à l'acte, il y a un vrai travail sur l'addiction », explique Sandrine Charrier, directrice du Service pénitentiaire d'Insertion et de Probation (SPIP) du centre de détention de Neuvic.
Ce programme a, à la fois, des objectifs thérapeutiques et pénaux.
L'URUD, installée au dernier étage de la prison, permet aux personnes détenues d'accéder à une aile isolée du reste de la détention ordinaire de façon à favoriser leur immersion. Les objectifs sont bien sûr axés sur la prise en charge de l'addiction, mais doivent également prévenir la récidive et favoriser la réinsertion. Chaque semaine, un médecin addictologue ainsi qu'une psychologue interviennent dans l'unité pour rencontrer les personnes détenues. « Il y a également une infirmière, des éducateurs spécialisés et des surveillants qui sont présents quotidiennement dans l'unité », précise Sandrine Charrier.
Actuellement, 12 personnes sont incarcérées dans ce quartier et, en tout, l'unité a accueilli 74 personnes depuis son ouverture. Toutes n'ont cependant pas effectué les six mois complets prévus par le dispositif. Certaines, peu enclins à la vie en communauté, ne supportent pas le mode de vie de l'URUD ; d'autres sont parfois exclues pour mauvaise conduite et certaines ont aussi bénéficié d'un aménagement de peine. Mais, pour celles qui vont au bout des six mois, un important travail est mené quant à leur réintégration dans la détention classique pour les personnes n’ayant pas fini leurs peines.

Les résultats

Le programme mis en œuvre à l’URUD a fait l’objet d’une évaluation par l’Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies en 2018. Celle-ci note deux grandes réussites. L'URUD permet de

  • pacifier les relations en prison
  • et d’améliorer les conditions de vie des personnes détenues.
    Il existe une très grande coordination entre les différents partenaires qui interviennent, un véritable esprit d’équipe. En ce qui concerne les personnes détenues, elle leur permet de réduire, sinon d’arrêter leur consommation, de faire un travail sur elles et d’acquérir une meilleure estime de soi.

Projet « les Beaux mets »

Ouvert depuis fin mai 2019 dans le centre-ville de Marseille, le restaurant « les Beaux Mets » permet à des personnes détenues en fin de peine d’obtenir un diplôme dans le secteur de la restauration et de se réinsérer dans la vie active. Le restaurant est inspiré d’un programme anglais, " The Clink ", restaurant gastronomique dans une prison londonienne, qui forme des personnes détenues aux métiers de la cuisine pour les aider à se réinsérer en société.

Le fonctionnement

Le projet a vu le jour grâce à la collaboration inédite de 3 acteurs : La Table de Cana, traiteur marseillais spécialisé dans l’insertion sociale ; Marseille Solutions, accélérateur de projets ; et la structure d’accompagnement à la sortie (SAS) de la prison des Baumettes, spécialisée dans la réinsertion sociale pour responsabiliser les détenus.
Marseille Solutions avait déjà travaillé avec La Table de Cana pour mettre au point le projet Des étoiles et des femmes qui a permis à des femmes éloignées de l’emploi, en reconversion et vivant dans les quartiers sensibles, de suivre une formation culinaire qualifiante d'exception aux côtés de grands chefs. Sur le même principe, les deux structures ont décidé d’adapter cette expérience au public de la prison des Baumettes.
Neuf personnes écrouées ont rejoint l’équipe dès janvier 2019 pour débuter leur formation avec l'Agence nationale pour la Formation professionnelle des Adultes (AFPA) dans l’hôtellerie- restauration et être prêtes pour l’ouverture en mai. Six sont allées jusqu’au bout et ont passé, en juin, le diplôme de "commis de cuisine". Ces 9 personnes ont été sélectionnées sur leur motivation, car le but de cette initiative est bien d’empêcher la récidive. "C’est à eux de voir si cet emploi-là va leur suffire " affirme Aurore Cayssials, qui dirige aux Baumettes l’unique Structure d’Accompagnement vers la Sortie (SAS) sur le territoire français. "Ce sont beaucoup de jeunes qui ont été condamnés, en majorité pour des trafics de stupéfiants, donc avec un revenu assez élevé », souligne-t-elle. « Et donc il s'agit de travailler sur ce processus de sortie d'une vie facile. »

Les résultats

Après plusieurs mois d’expérimentation, il n’y a aucune récidive malgré un public multi-récidiviste. Toutes les personnes sont mobilisées sur un projet emploi et la moitié est en poste. A Londres, grâce au programme The Clink, ce sont plus de 1 800 personnes détenues qui ont été formées aux métiers de la restauration : ainsi le taux de récidive est passé de 1 pour 2 à 1 pour 8.
La prochaine étape du projet « Les Beaux mets », après celle du restaurant éphémère, est l’ouverture d’un restaurant localisé dans l'enceinte même de la prison des Baumettes, une fois les travaux de rénovation terminés, ce qui est prévu pour 2020.

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