08/10/2026

Sami, échange autour de la désistance

Faire le choix de la désistance, c’est renoncer à la délinquance. Après avoir terminé avec succès son parcours au sein de l’Atelier et chantier d’insertion de L’Îlot, dans le Var, Sami a retrouvé, grâce à l’accompagnement reçu, un emploi et une place valorisante dans la société. Il revient avec nous sur les raisons personnelles qui l’ont conduit à faire ce choix, et qui ont progressivement pris forme au fil de son parcours.

La désistance, un chemin qui se construit dans le temps

Le processus de désistance intéresse tout particulièrement L’Îlot qui œuvre depuis plus de 55 ans pour mener vers une réinsertion réussie et durable des personnes sortant de prison ou sous main de justice.

Aussi en janvier 2026 L’Îlot a organisé un temps d’échange avec Valérian Bénazeth, Docteur en sciences politiques, spécialiste des processus de désistance, de l’analyse des déviances et des institutions pénales sur ce sujet. Lors de cet échange, nous avons rappelé que sortir durablement de la délinquance ne repose pas sur un déclic unique. C’est un processus progressif, nourri par les expériences, les rencontres, les prises de conscience et la possibilité de se construire une autre place dans la société.

Le parcours de Sami en témoigne. Après avoir terminé avec succès son parcours au sein de l’Atelier et chantier d’insertion de L’Îlot, dans le Var, il a retrouvé un emploi et une place valorisante dans la société. Dans cet entretien, il revient avec nous sur ce qui, en plus de l’accompagnement dont il a bénéficié, l’a progressivement conduit à remettre en question ses choix et à s’engager dans une autre voie.

Selon vous, en quoi l’âge et la maturité peuvent-ils favoriser la sortie de la délinquance, notamment chez les jeunes ?

Aujourd’hui, je me suis remis en question : pourquoi j’ai fait ces bêtises, qu’est-ce qui m’a amené à les faire ? Pourtant, j’étais heureux, fils aîné d’une famille nombreuse, on ne m’a jamais manqué de rien. Donc, ça aurait dû être moi à montrer l’exemple à mes frères et sœurs. Après, quand je me suis calmé, que j’ai commencé à travailler, que j’ai créé ma propre famille, mon père me disait : « Oui, tu montres l’exemple à tes frères. » Mais même si tu montres l’exemple, quelqu’un qui n’a pas envie, il n’a pas envie. Je lui dis : mon frère, lui, il ne va pas aller travailler pour 1 500 euros. Il ne va pas se lever pour 1 500 euros. Il va se lever à 10 heures et il va faire 3 000 euros en deux heures de trafic. C’est ça. Donc, c’est ça qu’il faut arriver à leur faire comprendre. Moi, ce n’est pas mon fils, je ne vis pas avec lui. Je ne peux pas. Et je comprends les parents d’aujourd’hui qui ont énormément de difficultés avec leurs enfants parce qu’ils finissent en prison.

Parce qu’en fait, le rapport à l’argent est différent en fonction de l’âge. C’est-à-dire que, quand on est jeune, on a envie de se faire de l’argent et tout. Mais plus on avance, plus on se rend compte que l’argent ne fait pas le bonheur. Je pense que le rapport à l’argent est différent. Et le fait de se dire : « Je me lève pour 1 500 euros après 40 ans, dans un cadre qui est bienveillant, qu’on a construit soi-même », ça n’a pas la même valeur que quand tu es plus jeune. Arrivé à mon âge, on se lève le matin pour aller travailler. Pourquoi ? Pour payer nos factures, pour manger, pour nourrir nos enfants.

Le jeune, lui, qui va gagner de l’argent, c’est pourquoi ? Pour aller s’habiller, sortir avec les copains et les copines, aller boire un verre. S’il rencontre une petite, il va l’inviter à dîner. Donc, c’est vrai que le rapport est totalement différent. Il habite chez papa et maman, il n’a pas de loyer, il a un toit sur la tête, il a un téléphone dernier cri. Il est bien. Alors que nous, c’est le contraire. Moi, là, si je veux m’acheter un téléphone, je ne vais pas mettre 1 000 euros dans un téléphone. Avec 1 000 euros, je vais payer mon loyer, faire les courses pour le mois. Quand je vais prendre mes petits-enfants le week-end, il y aura tout dans le frigo, je pourrai les nourrir. Voilà la différence.

Dans le processus de désistance, quel autre élément peut conduire à renoncer à la délinquance ?

La notion du temps qui passe. En fait, quand on est jeune, 19 mois de prison, c’est quoi ? On a passé un été dedans, on sait que l’été d’après, on sera dehors. Ce n’est pas comme si on avait pris six ans. Mais quand on a plus de la quarantaine, une peine de prison de19 mois, c’est 19 mois où tu ne vois pas ta famille, où tu ne vois pas tes petits-enfants.

Et aussi la famille, c’est ma maman de 76 ans qui venait me voir au parloir, donc je lui disais : « Ne viens pas, tu es fatiguée. » Mais non, elle insistait, elle venait me voir. Quand on se retrouve en prison, nous, on est dedans, on est dans notre truc, mais les gens à l’extérieur souffrent un million de fois plus que nous. Et on prend plus conscience avec l’âge de cette souffrance de sa famille.

Moi, ma mère, il n’y a pas un soir où je ne l’appelle pas. Quand j’avais 19-20 ans, je ne la voyais pas pendant six mois. C’est parce qu’on prend plus conscience de ce que nos parents nous ont apporté et encore plus quand on devient parent.

Ma fille est mariée, elle a deux enfants, et mon beau-fils est dans les commandos marines. Là, en ce moment, il est parti pour six mois. Et là il y a des travaux à faire dans leur maison, il y a ci, il y a ça. Je me dis : si je ne suis pas là pour donner un coup de main à ma fille, lui faire des travaux, qui va les faire ? Elle va devoir payer un étranger pour faire les travaux. Voilà. Donc, tout ça, on y pense. Quand on a du vécu, on y pense. Malheureusement, des fois, ça peut être trop tard. Mais quoi qu’il arrive, le fait de se remettre en question, on n’a jamais rien perdu.

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