08/10/2026

Sami, un parcours de réinsertion réussie

Sami, un salarié en CDDI de l’Atelier et chantier d’insertion de l’antenne de L’Îlot dans le Var et son encadrant, Eddy, reviennent avec nous sur son parcours de réinsertion.

Sami, comment avez-vous connu l'Atelier et chantier d’insertion de l’antenne de L’Îlot dans le Var ?

Sami : J'étais incarcéré au Centre pénitentiaire de La Farlède, où je purgeais une peine de 28 mois. Lorsque mon aménagement de peine a été accepté, j'ai rencontré une conseillère de France Travail, qui m'a orienté vers l'Atelier et chantier d’insertion (ACI) de l’antenne de L’Îlot dans le Var.
Eddy – encadrant : J'ai rencontré Sami dès son arrivée à l'ACI. Au fil des semaines, une véritable relation de confiance s'est construite, une étape indispensable dans un Atelier et chantier d'insertion pour permettre à chaque salarié de construire son projet professionnel et de s'engager pleinement dans son parcours.
Sami : Je viens du bâtiment. J'ai plusieurs CAP : plomberie-chauffage, maçonnerie et électricité du bâtiment, ainsi qu'un BTS de technicien d'études du bâtiment obtenu à 42 ans. Le bâtiment, ce n'est pas simplement mon métier, c'est une passion.
Très vite, je me suis occupé de la maintenance des machines. C'était indispensable : lorsqu'une machine tombe en panne, c'est un salarié qui se retrouve sans activité. Or, sur un chantier d'insertion, il est important que chacun puisse travailler. L'inactivité crée rapidement de l'ennui, puis des tensions.
Eddy – encadrant : Il est devenu un véritable relais au sein de l'équipe. Il s'occupait de la maintenance des machines, indiquait aux autres salariés sur les chantiers les bons gestes, aussi bien sur le plan technique qu'en matière de sécurité.
Il s'est toujours investi dans son projet de réinsertion, a obtenu les aménagements auxquels il pouvait prétendre, recherché activement son logement et retrouvé une activité professionnelle. C'est quelqu'un qui a su saisir les opportunités offertes par l’ACI.

Sami, qu'est-ce que l'Atelier et chantier d’insertion (ACI) de l’antenne de L’Îlot dans le Var vous a apporté personnellement ?

Sami : L'ACI m'a permis de préparer concrètement ma sortie.
J'avais notamment perdu mon permis de conduire. Grâce à l'accompagnement de l'équipe, toutes les démarches administratives ont été anticipées : les demandes auprès des administrations, les papiers nécessaires, l'ouverture d'un compte bancaire… Tout était prêt avant ma libération. Du coup quand on sort de détention, on n'a pas à repartir de zéro sur le plan administratif. On peut se concentrer sur l'essentiel : retrouver un logement, reprendre une activité et reconstruire sa vie.
Mais cet accompagnement ne suffit pas à lui seul. Il faut aussi avoir la volonté d'avancer. Personne ne peut faire les démarches à votre place.
Beaucoup de jeunes pensent qu'ils vont immédiatement obtenir un logement ou un emploi. En réalité, cela prend du temps. Les logements sont rares et certaines démarches sont longues. La réinsertion demande de la patience, de la persévérance et un véritable investissement personnel.

Vous évoquez souvent le rôle des encadrants. Selon vous, qu'est-ce qui fait la différence dans un chantier d'insertion ?

Sami : La relation de confiance est essentielle. Les personnes accompagnées arrivent avec leur histoire, leurs difficultés, parfois leurs peurs. Si elles ne se sentent pas écoutées, elles ne parleront pas. Quand quelqu'un ne va pas bien, il doit pouvoir en parler avant que la situation ne se dégrade. C'est aussi cela, la réinsertion : créer un climat où chacun peut reprendre confiance.
Eddy – encadrant : Oui, complètement. L'objectif n'est pas uniquement de produire un travail. Il s'agit avant tout de remettre les personnes dans une dynamique professionnelle. On avance au rythme de chacun. Il y a des temps de pause, des moments d'échange. L'idée n'est pas de mettre une pression permanente. Si l'on est constamment derrière les salariés, on obtient souvent l'effet inverse : des tensions apparaissent, certains décrochent et entraînent les autres avec eux.
Les encadrants doivent trouver le bon équilibre entre les exigences du travail et l'accompagnement humain.

Sami, vous preniez aussi le temps d'échanger avec les autres salariés en insertion. Pourquoi était-ce important pour vous ?

Sami : Oui, parce que beaucoup avaient besoin de réponses et le référent socio-professionnel ne peut pas recevoir tout le monde tout le temps. Entre deux rendez-vous, les questions s'accumulent et certains ont le sentiment que leur dossier n'avance pas. Je leur conseillais de noter leurs questions pour ne rien oublier lors de leur entretien. Beaucoup sont jeunes et découvrent toutes ces démarches administratives. Ils sont parfois perdus.

Sami, vous arrivez aujourd'hui au terme de votre parcours judiciaire. Comment envisagez-vous la suite ?

Sami : J’avais demandé à intégrer l’ACI comme accompagnant une fois totalement libéré de mes obligations judiciaires. Malheureusement, cela n'a finalement pas pu se concrétiser. Car je pense que mon expérience aurait pu être utile aux personnes actuellement accompagnées. Je connais leur réalité, leurs difficultés et les questions qu'elles se posent.
Mais j’ai un autre projet, je retrouve le métier que j'ai toujours exercé : le bâtiment. Je vais travailler pour un propriétaire qui rénove plusieurs immeubles. Je réaliserai les travaux de rénovation de ses appartements avant leur remise en location. Je démarre comme auto-entrepreneur. Pour l'instant, c'est la formule qui me convient le mieux. Ensuite, nous verrons comment l'activité évolue. Je suis très heureux de pouvoir repartir sur un projet concret.

Quel regard portez-vous aujourd'hui sur l'Atelier et chantier d’insertion de l’antenne de L’Îlot dans le Var et sur votre parcours de réinsertion ?

Sami : Je suis convaincu que ce type de dispositif est indispensable. Il m'a permis de retrouver un rythme de travail, de préparer ma sortie, d'effectuer toutes les démarches administratives et de construire un véritable projet professionnel.
J'espère que l'ACI continuera à se développer et que d'autres ateliers verront le jour. Plus il existera de dispositifs de ce type, plus les personnes auront de chances de réussir leur réinsertion. Pour moi, cette expérience a marqué un véritable nouveau départ.

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