29/10/2026

Poullo Touré, référent de parcours

Poullo Touré est référent de parcours au sein de l’antenne de L’Îlot dans le Var. Cette dernière a évolué depuis l’intégration de l’Atelier et chantier d’insertion de l’ADCE83, l’occasion pour nous de revenir avec lui sur son parcours et sur l’arrivée de ce nouveau dispositif.

Quel est ton parcours professionnel et quels choix t’ont mené à travailler à L’Îlot ?

J’ai obtenu en 2018 mon Diplôme d'État de moniteur éducateur au Centre de formation Croix-Rouge française.

J’ai eu mon premier poste à la Seyne-sur-Mer, au sein de La Petite Garenne, un foyer pour mineurs non accompagnés qui a ouvert en 2018, un public avec lequel j’avais vraiment envie de travailler. Ce sont des jeunes étrangers, mineurs, qui sont arrivés sur le territoire sans responsable légal. J’ai travaillé là-bas pendant cinq ans. C’était vraiment exceptionnel. J’adore ce public parce que ce sont des jeunes qui ont traversé le monde entier, qui ont une résilience vraiment importante et qui donnent tout ce qu’ils ont pour pouvoir s’intégrer et se responsabiliser.
Pendant ma formation, j’avais entendu une phrase : « Un enfant est un être en devenir, le rôle de l’éducateur est de l’aider à devenir quelqu’un de responsable. » C’est quelque chose qui m’est resté en tête. C’est pour cela qu’avec ces jeunes, nous avons fait le maximum.

Ensuite, tout en restant dans la même association, j’ai changé de structure, j’ai rejoint une Maison d’enfants à caractère social (MECS) classique, un foyer où il n’y avait que des jeunes filles en internat. J’y travaillais depuis un an quand j’ai eu l’opportunité de découvrir la méthode d’accompagnement de L’Îlot ainsi que la possibilité d’un poste dans l’antenne de l’association dans Var. Cela m’a vraiment intéressé et j’ai intégré L’Îlot en avril 2025 et, franchement, je suis très bien.

Quelles sont tes missions au sein de l’antenne de L’Îlot dans le Var ?

Je consacre un petit temps de gestion locative sur un dispositif destiné à des mères isolées mais je travaille principalement sur le dispositif d’accompagnement global des jeunes de 18 à 30 ans sortant d’institutions, de détention, de PJJ et de l’ASE.

Aujourd’hui, nous avons six appartements et six jeunes ont intégré le dispositif.

Beaucoup de jeunes, lorsqu’ils sortent de prison, n’ont aucune perspective, sans logement, sans ressource et c’est là que nous pouvons intervenir.
A la suite de l’intégration dans le logement, les jeunes bénéficient d’un accompagnement intense par exemple, ils doivent reprendre la main sur la santé, certain n’ont pas de carte Vitale ni de médecin traitant. Ils n’ont parfois pas vu de dentiste depuis longtemps. Dans la semaine qui suit leur sortie, je prends rendez-vous au centre de santé de La Colombe. Nous faisons un bilan de santé qui nous permet de voir ce qui est prioritaire.
L’objectif est aussi de sensibiliser les jeunes, à la prévention, leur faire comprendre l’importance de prendre soin de soi.

Au niveau professionnel, en supplément de l’accompagnement du Chargé d’insertion professionnel, j’accompagne les jeunes quand ils doivent prendre des rendez-vous avec des agences d’intérim. S’ils sont suffisamment autonomes, ils le font seuls. Sinon, ils savent que je suis là. Au début, quand ils intègrent le dispositif, je leur dis : « Les premières démarches, on va les faire ensemble. » Puis, petit à petit, on les laisse faire seuls.
J’essaie aussi d’être une écoute et une main tendue. Ce sont des jeunes qui ont eu des parcours de vie chaotiques, qui n’ont pas toujours été accompagnés et dont les familles peuvent parfois être en retrait ou les avoir abandonnés à la suite des actes qu’ils ont commis.

Est-ce que ton regard par rapport au public de justice a changé ?

Oui, complètement.

Au début, j’avais un peu les mêmes a priori que tout le monde : ce sont des personnes dangereuses, des personnes auxquelles on ne doit pas faire confiance, qui ont commis des actes criminels, etc. Quand nous avons fait des ateliers autour de l’estime de soi en commun avec l’Association vivre en famille (AVEF) et deux thérapeutes familiales au sujet des actes commis par les jeunes, je tenais toujours le même discours : « Oui, mais ils l’ont cherché. Ils ont fait des choix. » En discutant avec les thérapeutes, elles m’ont permis d’élargir ma vision. Je me suis rendu compte qu’ils avaient effectivement fait des choix, mais que ceux-ci découlaient aussi de leur parcours, de leur construction familiale et de plein d’autres facteurs.

En discutant avec certains jeunes qui m’ont raconté toute leur vie, je me suis demandé comment ils pouvaient réussir à prendre les bonnes décisions lorsque les personnes qui les entourent, celles qui les ont élevés, ont elles-mêmes pris de mauvaises décisions ou les ont abandonnés. Ce sont des trahisons qui font que certains n’ont confiance en personne. C’est donc compliqué pour eux de se fier à quelqu’un qu’ils ne connaissent pas.
Aujourd’hui, je considère que ce sont des personnes qui peuvent se réinsérer si on les accompagne, l’objectif est de faire en sorte qu’il n’y en ait pas de récidive. Pour l’instant, nous y arrivons. Les jeunes sont là et ils s’accrochent. Quand ils sont en difficulté, ils n’hésitent pas à nous appeler. Nous leur disons : « S’il y a un problème, avant de réagir comme vous auriez réagi avant, appelez-nous. »

Cela me permet aussi d’essayer de changer la vision du public de justice dans mon entourage. Par exemple, lors d’un forum des associations pour trouver des bénévoles, une dame m’a dit : « Je ne comprends pas pourquoi vous faites ça. Pourquoi vous aidez des détenus ? Ils ne le méritent pas. » Je lui ai rappelé qu’une personne sortant de détention pourrait être son voisin. Ce que nous faisons relève aussi de l’intérêt public, parce que cela aide la personne à se responsabiliser et contribue aussi à la sécurité de tous.

Ce qui est arrivé aux personnes que nous accompagnons peut arriver à tout le monde.
On peut rouler en voiture à grande vitesse, tuer quelqu’un et se retrouver en prison. Pourtant, cela ne fait pas nécessairement de nous un « voyou ». Mais on peut être catalogué comme tel. Le casier judiciaire peut ensuite fermer beaucoup de portes.
C’est ce qui me sidère : avec un casier, on ne peut pas travailler dans tellement de domaines. Par exemple il y a des jeunes qui veulent devenir ambulanciers et qui ne le peuvent pas, c’est un frein à leur réinsertion.

L’antenne du Var évolue aujourd’hui avec de nouveaux projets et de nouveaux collègues. Comment vis-tu cette évolution ?

Ça fait du bien ! Après le départ de l’ancienne responsable et, pendant six mois, nous n’étions que tous les deux au sein de l’antenne du Var. Nous avons fait bon travail et nous avons permis à l’antenne de poursuivre son activité.

Cette fusion me permet maintenant de découvrir davantage le monde du chantier d’insertion en détention, les participants à cet ACI sont en placement extérieur mais faute de place, ils vivent dans la Structure d’accompagnement à la sortie (SAS ) de Toulon- La Farlède. Cela m’a permis d’élargir mes connaissances dans ce domaine.
Cette fusion est un plus pour le dispositif que je porte car cela permet aux personnes accompagnées, d’avoir une continuité.
Une personne qui est en détention peut passer par le chantier et être accompagnée par les CIP ainsi que l’équipe des encadrants techniques. Ensuite, lorsqu’elle sort, si c’est un jeune de moins de 30 ans, elle peut intégrer notre dispositif et être accompagnée par L’Îlot pendant un an. Elle a un fil conducteur. Du début jusqu’à la fin, nous pouvons lui garantir, si elle s’est investie, qu’elle pourra se réinsérer au mieux, même s’il existe des freins extérieurs.

Je trouve donc que ce projet est vraiment intéressant et bien pensé. C’est la pièce qui nous manquait pour permettre de faire encore mieux le travail que nous faisions déjà.

Nous avons besoin de vous !

Sans votre soutien, nous ne pouvons mener à bien nos missions et agir sur tous les facteurs nécessaires à une réinsertion réussie comme l’accès à l’emploi ou à un logement, et lutter ainsi contre la récidive.

Offrez une seconde chance aux personnes en grande précarité et à celles et ceux qui ont connu la prison !

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