11/25/2013

Pierre, stagiaire éducateur spécialisé

"C’est aussi notre métier, d’aider les personnes à établir des priorités : on ne peut pas tout régler en même temps."

ACCOMPAGNE DES PERSONNES SORTANT DE PRISON

Pierre prépare le diplôme d’éducateur spécialisé. Pour son stage de deuxième année, il a choisi de se plonger dans la vie d’un Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale (CHRS).

Je suis arrivé en septembre à Chemin Vert, et mon stage se poursuit jusqu’en septembre prochain. Nous avons choisi de répartir mes heures de stage sur toute une année, pour que j’aie l’occasion de voir tous les aspects du métier : dans le champ de la réinsertion, l’intervention d’un éducateur spécialisé s’inscrit dans la durée.

Au début, j’étais beaucoup en observation ; à présent ma référente me confie régulièrement des missions, aussi variées que possible, pour me former : j’ai pu rédiger des note sociales, mener des entretiens, et surtout apprendre à connaître les résidants. Pas simplement apprendre à les connaître chacun, individuellement, plutôt apprendre comment aborder et accompagner une personne qui sort de prison.

Ce sont des personnes stigmatisées par l’opinion publique, et j’en faisais largement partie. J’avais des « a priori » et surtout une méconnaissance des conséquences de l’incarcération. La violence, la drogue, ce sont bien des choses qu’on rencontre ici, mais si on en reste là on oublie que ce sont avant tout des êtres humains, avec des émotions, un point de vue intéressant sur le monde, que ce sont des personnes avec qui on peut discuter.
Quand je parle d’apprendre à aborder les personnes qui sortent de prison, je pense à éviter les mots qui accusent ou qui peuvent donner l’impression qu’on se pose en juge, les expressions qui pourront « braquer » une personne et empêcher de nouer avec elle une relation de confiance.

La résidence accueille 60 personnes, avec 60 caractères très différents. Certaines problématiques sont récurrentes, mais personne ne réagit de la même façon aux mêmes problèmes.
La personne qui arrive chez nous pense tout de suite au logement, au travail et nous devons lui parler papiers, santé. Cela n’aurait aucun sens de pousser tout de suite vers le travail une personne ayant un gros problème d’alcool, de drogue, ou psychique. Ce serait la pousser à l’échec. Et c’est aussi notre métier, d’aider les personnes à établir des priorités : on ne peut pas tout régler en même temps.

Or d’une manière générale, gérer son temps, c’est une chose qui s’apprend. On peut vite se sentir dépassé, voire surmené, parce qu’on n’arrive pas à suffisamment se projeter. C’est une des fonctions de nos entretiens avec les résidants, de rythmer leurs démarches : « voilà, pour la semaine prochaine, ce serait bien que vous ayez avancé là-dessus, appelé telle personne… ».

En prison, on connaît le programme de sa journée, on sait ce qui va se produire, heure par heure, et comment. On peut avoir l’impression d’un temps suspendu, j’imagine… et quand on sort, il faut se réadapter au temps qui passe.

En définitive, s’il y avait moins de tabous et si le système pénitentiaire français s’orientait d’avantage sur des peines éducatives et réparatrices, la réinsertion post-carcérale serait certainement plus simple.
Heureusement, certaines personnes sont là, pour faire attention aux autres. Chacun a un moyen d’action, à sa juste mesure, ne serait-ce que donner, en fonction de ses moyens. Pour moi ce n’est pas le geste qui compte, mais l’esprit du geste.

Témoignage recueilli le 25 novembre 2013.

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