Qui décide de la libération sous contrainte ?
La libération sous contrainte repose sur l’intervention de plusieurs acteurs de la justice pénale. Le Juge de l’application des peines (JAP) et la commission de l’application des peines.
Le rôle du Juge de l'application des peines (JAP)
Le juge de l’application des peines occupe une place centrale puisque c’est lui qui va accorder – ou non – cet aménagement de peine de prison. Il examine automatiquement et systématiquement la situation de toute personne détenue qui correspond aux critères, d’éligibilité à la libération sous contrainte et décide de la lui octroyer ou la lui refuser. Pour cela il est aidé par une commission.
La commission de l'application des peines
La commission de l'application des peines intervient dans la procédure pour donner son avis au JAP et ainsi aider à la prise de décision qui « déterminera, parmi les mesures d'aménagement applicables, celle qui est la mieux adaptée à la situation du condamné. » (3). Il est donc important de distinguer le rôle décisionnel du JAP de la fonction consultative de la commission.
Libération sous contrainte délai de réponse : combien de temps ?
Il n'existe pas de délai général imposant au JAP de rendre sa décision dans un nombre déterminé de jours à compter des deux tiers de la peine pour l’octroi d’une libération sous contrainte de plein droit. Toutefois « en application du cinquième alinéa de l'article 720, le président de la chambre de l'application des peines de la cour d'appel peut être saisi par le condamné ou le procureur de la République ou se saisir d'office si le juge de l'application des peines n'a pas rendu de décision statuant sur la libération sous contrainte à compter du jour où la durée de la peine accomplie est égale au double de la durée de la peine restant à subir.» (4)
C’est à dire que si le JAP ne procède pas à l'examen prévu en vue d’une libération sous contrainte alors que la personne a déjà exécuté les deux tiers de sa peine, une autre autorité peut intervenir : le président de la chambre de l’application des peines de la cour d’appel, qui rend sa décision dans le mois de sa saisine.
Conditions pour bénéficier de la libération sous contrainte
Pour être éligible à une libération sous contrainte, la personne détenue doit remplir certaines conditions :
● condamnation à une peine de prison inférieure à 5 ans ;
● exécution de la peine aux 2/3.
Seront aussi pris en compte :
● présence de garanties de réinsertion ;
● l’absence de risque de récidive.
Les différentes formes de libération sous contrainte
La liberté sous contrainte peut prendre différentes formes d’aménagement de peine.
Libération conditionnelle
La libération conditionnelle permet à une personne condamnée de sortir de prison avant la fin de sa peine, afin d’exécuter le reliquat de sa peine jusqu'à son terme en dehors de l’établissement pénitentiaire, sous certaines conditions et sous contrôle de la justice.
Semi-liberté
La semi-liberté permet à la personne condamnée qui en bénéficie de sortir de détention la journée pour se consacrer aux démarches de réinsertion et aux activités autorisées par le JAP, avant de retourner la nuit en prison.
Détention à domicile sous surveillance électronique
La Détention à domicile sous surveillance électronique (DDSE) est une peine privative de liberté qui s’effectue en dehors de l’enceinte d’un établissement pénitentiaire, mais sous surveillance électronique via le port d’un bracelet fixé à la cheville et d’un boîtier placé dans le lieu de résidence (souvent le domicile) de la personne condamnée.
Placement à l’extérieur
Le Placement à l'extérieur (PE) est une mesure qui permet aux personnes condamnées d’exécuter leur peine à l’extérieur de la prison. La personne est soumise à des obligations tout en bénéficiant de mesures d'assistance pour ses démarches d'insertion.
Refus de libération sous contrainte : quel recours ?
Si les conditions ne sont pas réunies, le JAP peut refuser d’aménager la peine. Un recours est alors possible.
Motifs de refus
Parmi les motifs de refus d’aménagement de peine les plus courants sont :
● le risque de trouble à l’ordre public ;
● le projet d’aménagement de peine souhaité par la personne détenue est imprécis ;
● les conditions matérielles ne sont pas réunies, par exemple l’absence d’un hébergement à la sortie peut motiver un refus
● un comportement inapproprié en détention.
Conformément à l’article 593 du code de procédure pénale (5), qui exige que tout jugement ou arrêt comporte les motifs propres à justifier la décision, le refus d’aménagement de peine doit être motivé par le Juge de l’application des peines, de façon précise et circonstanciée.
Que faire en cas de refus ?
Si le JAP refuse d’accorder cette mesure, sa décision peut être contestée devant la chambre de l’application des peines de la cour d’appel.
Dans ce cas, le recours doit être formé dans un délai de 24 heures à compter de la notification de la décision. L’appel est effectué auprès du greffe du juge de l’application des peines. Lorsqu’elle est détenue, la personne condamnée peut également exercer son recours depuis son établissement pénitentiaire, selon les modalités prévues par le Code de procédure pénale.
Après avoir fait appel, la personne condamnée ou son avocat peut adresser des observations écrites au président ou à la chambre de l’application des peines. Sauf en cas d’urgence, ces observations doivent être transmises dans le mois suivant la date de l’appel, sauf si le président de la juridiction accorde un délai supplémentaire.
La chambre de l’application des peines examine ensuite le recours. Elle peut confirmer la décision du JAP ou, au contraire, la modifier et accorder elle-même une libération sous contrainte en déterminant la mesure applicable, dans les conditions prévues par la loi.
La personne condamnée doit être assistée par un avocat devant la chambre de l’application des peines. Si elle ne dispose pas de ressources suffisantes, elle peut demander à bénéficier de l’aide juridictionnelle.