Pouvez-vous nous parler un de vous ?
Je viens d’une famille nombreuse : nous sommes neuf enfants. Nos liens sont parfois compliqués à cause de mes problèmes judiciaires. Malgré tout, je fais des efforts pour me réconcilier avec certains membres.
Depuis quelques années, je vis un parcours difficile : j’ai vécu dans la rue. La rue pour les femmes c’est très dur. Souvent on est entouré par des personnes peu fiables, du coup on doit faire « le bonhomme » pour se protéger, on doit montrer qu’on est forte et dure. On doit « faire peur » pour s’imposer.
Avant d’arriver ici (au Centre d’hébergement et de réinsertion sociale Thuillier), j’ai fait plusieurs allers-retours entre différentes structures d’hébergement et séjours en prison.
La vie dans la rue c’est tellement dur qu’on consomme des produits pour supporter. J’ai eu des problèmes de consommation d’alcool et de stupéfiants.
Comment avez-vous intégré le Centre d’hébergement et de réinsertion sociale Thuillier ?
J’ai connu ce CHRS grâce au 115 et à mes contacts dans les structures d’accueil, dont la Passerelle où je suis allée plusieurs fois en accueil de jour et aussi en Halte de nuit quand c’est l’hiver et qu’il y a des plans grand froid.
Quand je suis arrivée au CHRS Thuillier pour la première fois, je me suis sentie en sécurité. Être entourée de femmes ici est essentiel pour moi, car cela me protège de la violence des hommes et me permet de me reconstruire. Je n’ai pas besoin de faire la dure pour me protéger, je peux être gentille. Alors quand j’ai dû retourner en détention pour une « bêtise » que j’avais faite avant d’être admise au CHRS, j’ai dit aux CPIP (Conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation) qu’en sortant je voulais revenir ici. *
Et comment vivez-vous ce retour ? Est-ce que le CHRS vous apporte ce que vous en attendiez ?
Oui je me sens en sécurité. Le logement est bien et j’ai un suivi régulier par Vincent, mon référent. Je sais que je peux le solliciter à tout moment si j’ai besoin de soutien, ce qui est très rassurant.
Par le passé, j’avais suivi plusieurs cures de désintoxication dans différentes structures. L’équipe m’a fait refaire une cure. Aujourd’hui, je suis sobre depuis six mois, ce qui m’a permis de retrouver de la stabilité et de la sérénité.
Avec Vincent, je travaille sur ma réinsertion : retrouver un emploi, un travail pour structurer mon quotidien et me sentir utile, reprendre une vie active et reconstruire ma vie sociale. J’en ai besoin. Ne pas travailler ne me convient pas. Je veux retrouver un rythme, un cadre, une place dans la société. J’ai déjà une expérience professionnelle. Avant j’ai été éducatrice dans des centres aérés. J’aimais bien ça travailler avec les enfants. Je sais que j’ai encore besoin d’accompagnement pour y parvenir, mais je me sens confiante dans mon avenir.
Pour moi, l’Îlot est très important. Cette association permet à des personnes comme moi de se sentir soutenues, protégées et encouragées dans leur réinsertion. Mon parcours a été difficile et a beaucoup affecté ma mère, mais je sens que je peux avancer et construire quelque chose de mieux. Être ici, accompagnée et encadrée, m’offre enfin une stabilité et un sentiment de sécurité que je n’avais jamais connus auparavant.
*Myriam est sortie de prison en « sortie sèche », c’est-à-dire sans accompagnement. Les Services pénitentiaires d’insertion et de probation ont transmis à l’Îlot, son souhait d’être hébergée au CHRS Thuillier pour ne pas retourner dans la rue. L’équipe de Thuillier a émis un avis favorable pour son retour afin de poursuivre le travail de réinsertion qui avait été initié.


