26/02/2026

Lucie, la vie après l’incarcération

Lucie, 37 ans, résidente au sein du Centre d’hébergement et de réinsertion sociale Thuillier a accepté d’échanger avec nous, sur son passé carcéral, sur ses quelques mois en placement extérieur et ses projets d’avenir.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours judiciaire ?
J’ai eu une longue peine. J’ai fait huit ans de détention. J’étais dans une prison mixte, avec une aile pour femmes. On n’avait pas accès à tout comme les hommes : moins de créneaux pour le sport, du matériel récupéré… Côté médical, on avait un créneau par jour, les hommes avaient le reste du temps. C’est très dur la prison, si on n’a pas la possibilité de travailler en détention ou d’avoir des gens à l’extérieur qui envoient un peu d’argent, il n’y a que l’aide pour les indigents - 30€ par mois - pour cantiner.
Ce n’était pas le « Club Med » comme certains le disent. Il faut se battre pour s’en sortir.
Moi, j’ai passé deux bacs : un bac pro gestion-administration et un en ressources humaines. J’ai travaillé dur, sans Internet, sur un réseau fermé. C’était fatiguant, mais j’en suis fière. Je ne voulais pas que ces années en prison soient des années « pour rien ».

Quel a été le moment le plus difficile à votre sortie ?
Que mon fils ne soit pas venu. Il a 15 ans. Il ne veut plus me parler. C’est très douloureux…

Comment êtes-vous venue à l’Îlot ?
J’avais entendu parler de l’Îlot par d’autres détenues. J’ai demandé à mon CPIP (Conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation) et j’ai passé un entretien, mais j’y croyais pas du tout. J’avais été refusée ailleurs à cause de mon passé, donc j’étais en larmes pendant l’entretien. Finalement, ils m’ont acceptée et j’ai pu avoir un aménagement de peine.
Trois semaines après l’entretien, je suis sortie de détention pour venir directement ici à l’Îlot, en placement extérieur. Il n’y a pas eu de sas de transition. La sortie a été violente, c’était compliqué, surtout au début : plus de repères, trop grand, trop bruyant, trop de monde. Aujourd’hui j’ai encore du mal à sortir de chez moi, j’angoisse beaucoup.
La société de maintenant, j’ai du mal à m’y retrouver. En huit ans, tout a beaucoup changé : tout va plus vite, tout est plus voyant, les gens sont plus hypocrites, il y a beaucoup de méchanceté gratuite. J’ai vraiment du mal avec ça.
Arriver à l’Îlot m’a quand même rassurée. J’avais besoin d’un entourage, d’un cadre.
Quand j’ai visité mon logement et que j’ai vu la baignoire, j’ai dit : « C’est ma baignoire magique ! ». Je me sens bien là-bas, c’est rassurant. Les référentes, elles sont toutes bienveillantes.
Avec les autres résidentes, c’est plus compliqué. Je suis devenue méfiante. Il n’y a qu’une résidente avec qui je m’entends bien, ma voisine de palier. Sinon, je dis bonjour, je fume une cigarette dehors, mais je garde mes distances.

Avez-vous des obligations en plus de votre aménagement de peine ?
Mon placement extérieur était de huit mois, je l’ai terminé en août. Mais j’ai un suivi socio-judiciaire de cinq ans, avec obligation de soins. Je dois voir un psychiatre, un psychologue et un addictologue. J’ai aussi interdiction de retourner dans certaines régions ou d’entrer en contact avec certaines personnes.
Je n’ai vu le psychiatre qu’une fois depuis ma sortie, ce n’est pas assez. Heureusement je vois Quentin qui s’occupe des points écoute. On travaille sur mon identité : la Lucie d’avant, la Lucie de la prison, et celle de maintenant. C’est compliqué, mais j’avance. Ici, il y a toujours quelqu’un à qui parler, toujours une porte ouverte.
Quand j’ai besoin de parler, je peux voir la responsable du CHRS, ou le veilleur de nuit, avec qui j’aime bien discuter. J’ai du mal à dormir, je fais beaucoup de cauchemars.

Qu’est-ce que l’accompagnement de l’équipe vous apporte en plus ?
J’étais sous curatelle renforcée, levée quatre mois avant ma sortie. J’avais déjà mes papiers à jour, mais certaines démarches ont été faites ici : impôts, CMU… Ma référente m’a beaucoup aidée. J’ai aussi plusieurs soucis médicaux, donc beaucoup de rendez-vous. L’équipe m’aide à les prendre, et parfois m’accompagne. Ça me rassure parce que j’ai le moral à zéro. J’ai perdu 17 kilos. J’ai encore peur de sortir seule, mais j’avance.

Comment vous vous projetez dans le futur ?
J’ai du mal avec l’idée de quitter l’Îlot. J’ai peur de devoir tout recommencer ailleurs, sans repères. J’aimerais rester pas loin, pour pouvoir revenir dire bonjour. J’ai pris mes repères ici. Et je ne veux pas avoir à raconter encore mon passé, mon histoire. Je l’ai racontée des centaines de fois. À force, j’ai l’impression d’être robotisée.
Et le regard de la société…
Au début, j’avais l’impression que c’était marqué sur mon front que je sortais de prison. Et j’ai compris que certaines personnes ne croient pas aux secondes chances. J’ai entendu des propos très durs. Les gens ne se rendent pas compte qu’on peut tous basculer du jour au lendemain. Ce que j’aimerais que les gens comprennent, c’est que la prison, ça peut arriver à n’importe qui. Un accident, une erreur, une vie qui dérape. Il faut arrêter de juger.

Mais je sais que j’ai du potentiel, que je peux m’investir. Je vais bientôt partir en pension de famille. Ce sera un peu le même fonctionnement, mais plus souple. J’aurai mon propre loyer à payer et il faudra que je meuble l’appartement.

Je ne peux pas encore travailler, mais dès que je me sentirai mieux, je chercherai un emploi. Avant la prison, j’avais travaillé, et j’ai passé deux bacs en détention. Maintenant, je voudrais être assistante en ressources humaines. C’est un projet que j’ai construit en prison et que ma référente m’aide à réaliser.

À leur sortie de prison ou de maison d’arrêt, beaucoup de personnes se retrouvent, comme Lucie, face à des obstacles importants : précarité, isolement, problèmes de santé ou encore rejet de la société, qui peuvent fragiliser leur parcours de réinsertion.
En offrant un accompagnement global et individualisé autour de quatre axes essentiels : logement, emploi, santé et lien social, l’Îlot, association dédiée à la réinsertion, œuvre efficacement pour soutenir les personnes sortant de détention et contribuer à la réduction durable de la récidive.

Nous avons besoin de vous !

Sans votre soutien, nous ne pouvons mener à bien nos missions et agir sur tous les facteurs nécessaires à une réinsertion réussie comme l’accès à l’emploi ou à un logement, et lutter ainsi contre la récidive.

Offrez une seconde chance aux personnes en grande précarité et à celles et ceux qui ont connu la prison !

Faites un don

Abonnez-vous pour rester informé(e) !