07/01/2026

L’accompagnement des femmes en Parcours de sortie de la prostitution (PSP)

L’antenne de l’Îlot Var, en partenariat avec l’association Autres Regards, accompagne des personnes en Parcours de sortie de la prostitution. Retour avec Sandrine, Conseillère en insertion professionnelle au sein de notre antenne varoise, sur ce dispositif assez confidentiel.

Qu’est-ce que le PSP ?
La loi du 13 avril 2016 a créé un Parcours de sortie de la prostitution, destiné à accompagner les personnes prostituées vers une insertion sociale et professionnelle. Ce parcours, autorisé par le préfet et mis en œuvre par une association agréée avec l’accord de la personne concernée, dure six mois renouvelables, dans la limite de vingt-quatre mois. Il permet de bénéficier d’un accompagnement personnalisé, d’un logement, d’une autorisation provisoire de séjour (pour les personnes étrangères) et d’une aide financière spécifique.
L’Aide financière à l’insertion sociale (AFIS) s’adresse aux personnes majeures engagées dans ce parcours. Elle est accordée par le préfet pour la même durée que le parcours. Pour en bénéficier, il faut notamment être engagé dans le dispositif, avoir plus de 18 ans, disposer d’un statut administratif autorisant le séjour et le travail, ne pas percevoir certaines allocations comme le Revenu de solidarité active (RSA), de l’allocation pour demandeur d'asile (ADA) et avoir des ressources inférieures au montant du RSA pour une personne seule. (1)

Depuis quand l’Îlot est-il engagé dans l’accompagnement des personnes en Parcours de sortie de la prostitution ?
Nous avons été en contact pour la première fois en janvier 2024 avec le responsable et des bénévoles de l’antenne toulonnaise du Mouvement du Nid qui aide « les personnes prostituées contre le système prostitueur ». Nous leur avions présenté nos actions pour favoriser le retour en emploi des personnes en situation de précarité - notamment les personnes sortant de prison ou encore sous main de justice -et, de leur côté, ils nous ont expliqué leur fonctionnement. Le Mouvement du Nid accompagne celles et ceux qui se présentent à eux, ils interviennent également directement dans la rue. Nous avions alors bénéficié d’une sensibilisation sur la prostitution. J’avais été extrêmement choquée de découvrir que des enfants de 11 ans sont prostitués. Depuis quelques mois, le sujet de la prostitution des mineures est davantage médiatisé : c’est une réalité insoutenable.

En février 2024, suite à cette présentation de notre travail, le Mouvement du Nid nous a mis en relation avec l’association Autres Regards, qui dispose de l’agrément préfectoral pour porter le Parcours de sortie de la prostitution (PSP). C’est ainsi que nous avons commencé à travailler ensemble sur l’accompagnement des personnes en PSP.

En quoi consiste cet accompagnement proposé par l’Îlot ?
L’association Autres Regards prend en charge l’ensemble des problématiques liées à la sortie de la prostitution (santé, accompagnement social, psychologique, administratif, etc.). Du côté de l'Îlot, j’interviens exclusivement sur le volet professionnel : identification des compétences et des freins, inscription et suivi à France Travail, veille sur l’actualisation mensuelle, orientation vers des formations, notamment le FLE (français langue étrangère), travail sur le projet professionnel, etc.

Lorsque l’association Autres Regards accueille un nouveau groupe de personnes – une à deux fois par an - en PSP, je les rencontre afin de présenter l’accompagnement proposé par l’Îlot. Ce premier contact permet ensuite aux personnes intéressées de me solliciter pour un suivi. L’accompagnement est principalement individuel, en raison des difficultés liées à la langue et à la traduction. Les ateliers collectifs ont été expérimentés, mais se sont révélés complexes, notamment à cause de traductions approximatives. Les échanges se font parfois via des outils comme Google Traduction, ce qui limite la profondeur du travail, mais permet malgré tout de créer un lien et d’avancer.

Il s’agit avant tout de créer un climat de confiance, de redonner de l’espoir et d’avancer étape par étape.

L’accompagnement professionnel des femmes en sortie de prostitution est-il semblable et/ou différent de celui proposé aux personnes en Personnes placées sous main de justice PPSMJ (ou en situation de précarité) ?
Les personnes que nous accompagnons en PSP sont, pour la plupart, des femmes originaires d’autres pays qui ont fui la guerre, les mariages forcés ou l’excision. Certaines avaient des enfants à leur départ, d’autres sont tombées enceintes pendant leur long parcours migratoire. La prostitution a alors été leur seul moyen de survivre et de nourrir leurs enfants.

Outre leur grande précarité, ces femmes cumulent d’autres difficultés, telles que l’absence de papiers, la barrière de la langue, certaines relèvent de l’alphabétisation, et des traumatismes importants liés aux parcours migratoires, aux violences subies et à l’exploitation. Bien que le PSP apporte des solutions administratives et pécuniaires, il génère aussi des freins spécifiques tels que :
• un statut administratif précaire : autorisation provisoire de séjour de six mois, renouvelable, avec réévaluation systématique en préfecture, ce qui crée une forte pression administrative, la nécessité de justifier rapidement des démarches d’insertion conduit à une priorité donnée à l’emploi immédiat, souvent précaire et qui se fait au détriment de l’acquisition des bases pour une intégration efficace, notamment l'apprentissage de la langue ;
• l’absence de RSA : bien qu’elles bénéficient d’une allocation spécifique, l’AFIS, cela complique l’accès à certains dispositifs d’insertion pour lesquels être bénéficiaire du RSA est une condition d’intégration. Pour pouvoir prétendre au RSA, il faut résider en France depuis plus de cinq ans, ce qui n’est pas leur cas. L’AFIS est donc à la fois une aide et un obstacle. Devoir expliquer que l’on est bénéficiaire de l’AFIS indique de facto que l’on est une ancienne personne prostituée, ce qui est stigmatisant.

À cela s’ajoutent les contraintes familiales : difficultés de garde d’enfants, horaires incompatibles avec les formations intensives et mobilité dépendante des transports en commun, autant de freins majeurs à l’accès à l’emploi.
De ce fait, beaucoup de personnes s’orientent par défaut vers le ménage, souvent par le biais de leur réseau. Pourtant, nombre d’entre elles expriment le souhait de travailler dans l’aide à la personne. Il existe donc un écart entre leurs aspirations, leurs compétences, les contraintes administratives et la pression d’un accès rapide à l’emploi.

Mon rôle consiste à leur expliquer qu’un emploi dans le ménage peut être une étape, mais non une finalité. Il existe des évolutions possibles vers l’aide à domicile ou d’autres métiers ; je leur indique que des formations peuvent être envisagées à moyen terme.
Un exemple marquant est celui d’une jeune femme qui souhaitait devenir aide-soignante. Après avoir validé un niveau B2 en français, elle a intégré une formation en alternance. Lorsqu’elle a obtenu le niveau de langue requis, elle m’a appelée en larmes, tant cette étape représentait une victoire pour elle.

En France, en 2024 :
• 40 000 personnes sont en situation de prostitution ;
• 97 % des victimes sont exploitées dans un réseau de proxénétisme ;
• depuis 2017, 2 102 personnes ont bénéficié d’un Parcours de sortie de la prostitution et, au 31 décembre 2024, 903 personnes étaient en parcours de sortie. (2)

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