07/01/2026

Le programme Dynamiques Emploi

À l’occasion de la deuxième édition du dispositif « Dynamiques Emploi », au sein de l’Îlot, Ariane, chargée de mission emploi et Sarah, responsable du pôle programme d’accompagnement socio-professionnel font un point sur ce dispositif de réinsertion professionnelle destiné aux Parisiens sortant de prison ou encore placés sous main de justice.

Pouvez-vous présenter le dispositif « Dynamiques Emploi » et sa place dans votre pôle programme d’accompagnement socio-professionnel ?

Sarah : Le dispositif « Dynamiques Emploi », subventionné par la Ville de Paris, est un des dispositifs de notre pôle programme d’accompagnement socio-professionnel, fondé sur l’idée de construire des parcours « Dedans-Dehors ». C’est-à-dire que nous commençons avant la sortie de détention un accompagnement qui se poursuivra après la sortie de détention (uniquement sur volonté de l’individu). Cet accompagnement se fait sur trois volets :
1- l’accompagnement administratif et social (ouverture des droits, carte Vitale, santé, CAF, etc.) ;
2- l’accompagnement socio-professionnel individuel (construction d’un projet professionnel, analyse du parcours et des compétences, mise en réseau) ;
3- et l’accompagnement sous forme d’actions collectives (ateliers TRE, visites d’entreprises, salons de l’emploi, jobs dating, sorties culturelles et sportives).

Ariane : Avec « Dynamiques Emploi », nous travaillons aussi à lever les freins périphériques (administratifs, sociaux, émotionnels) qui rendent les démarches difficiles. Grâce au financement et au soutien de la Ville de Paris, nous suivons 50 personnes par an. L’accompagnement dure jusqu’à six mois, avec un suivi assez intensif au début : un entretien par semaine au démarrage, puis on espace selon l’autonomie de la personne. Une fois que la personne est en emploi, ça peut être un petit coup de fil, un entretien rapide pour accompagner sur la question de la prime d'activité.

Sarah : Sur la base du volontariat, et sous réserve que la sortie soit positive, on peut poursuivre l’accompagnement au maximum 24 mois.

Comment les personnes s’approprient-elles l’accompagnement ?

Sarah : Très bien. En 2025, sur 50 personnes, on a eu seulement 6 abandons. En clair, 88 % s’engagent réellement dans le dispositif. Les abandons ont lieu tout au début, quand les personnes ne reviennent pas après un ou deux rendez-vous. Il y a des personnes qui, à l'issue du diagnostic, nous disent que ça ne les intéresse pas et qu’ils n’ont pas besoin d’être accompagné. Parfois ils sont réincarcérés, perdent leur téléphone et sont donc injoignables. »

Ariane : La clé, c’est le premier mois. On fait beaucoup de concret : ouverture des droits au RSA par exemple, demande de bordereau des dettes au Trésor Public, … La personne repart toujours avec un plan d’action clair, un rendez-vous fixé, et une liste de tâches partagées entre elle et sa chargée de mission emploi. Partager les tâches permet de ne pas infantiliser la personne accompagnée, tout en lui apportant une aide qui permet de dépasser ses propres blocages, le sentiment d'être soutenue, le sentiment d'être avec quelqu'un qui gère complètement la complexité administrative française. Ça sécurise et ça motive. Notre approche permet à la personne de se responsabiliser et de « poser les armes »

Quels sont les résultats de cette année ?

Sarah : Au 30 novembre, on est à 62 % de sorties positives : emploi ou formation. Au-delà des chiffres, les parcours sont vraiment beaux et variés (CDI, intérim, CDDI, création d’entreprise…).

Ariane : Par exemple, Jean-Pierre*, qui avait complètement décroché, a retrouvé un emploi dans le BTP, sur la construction d’une ligne de RER. Et Paul* a intégré la formation « Cuisine Mode d’Emploi(s) » et travaille aujourd’hui comme commis de cuisine.

Vous dites que votre approche permet à la personne de se mettre en marche vers l’emploi ? Qu’est-ce que cela veut dire ?

Ariane : On prend le temps de comprendre la personne dans sa globalité. Ici, on ne juge pas, elle peut se défaire de certaines postures. On peut parler santé, émotions, histoire personnelle, addictions… C’est rare d’avoir un espace où tout ça peut être posé en même temps. Et il est indispensable de traiter tous ces freins périphériques pour avancer sur l’emploi.

Sarah : On constate aussi des effets qualitatifs : regain de confiance, sortie de l’isolement, envie de refaire des démarches, d’aller à un entretien, de reprendre un rythme. L’activité physique aide énormément. On a un bénéficiaire de 60 ans qui refusait tout travail physique ; après une sortie vélo organisée par la structure, il s’est senti capable et a accepté un poste en cyclo-logistique.

Quels sont les principaux freins à l’insertion ?

Sarah : Le premier, c’est l’hébergement. Un tiers des personnes que l’on reçoit est sans-abri, en squat ou en hébergement très précaire. Ça fragilise tout : pas de sommeil, pas de sécurité, difficulté à garder des documents et autres soucis.

Ariane : Ensuite, il y a les troubles psychiques et les addictions. Dans les cas les plus compliqués, on oriente vers les partenaires adaptés. Et on adapte le projet professionnel : éviter la restauration pour les personnes alcoolodépendantes. Une personne qui a des problèmes d'anxiété sociale, je l'oriente plutôt vers les espaces verts parce qu’elle est seule, au calme, dehors. Je ne la mets surtout pas en entrepôt dans la préparation de commandes avec une forte pression. C’est mon rôle en tant que chargée de mission emploi de l'orienter vers un métier qui va lui convenir, adapté à sa situation de santé physique et mentale, en tout cas de le lui proposer.

Comment évaluez-vous la collaboration avec le dispositif d'accompagnement vers l'emploi ?

Ariane : La Ville de Paris nous offre des temps d’échange réguliers avec les autres lauréats sur des sujets spécifiques. On se réunit environ tous les trois mois en présentiel. Il existe aussi une visioconférence mensuelle qui permet d’échanger sur les problématiques rencontrées, mais aussi sur les opportunités.

Sarah : Nous recevons également la newsletter des lauréats de la Ville de Paris, qui nous partagent différentes opportunités : participation à un salon de l’emploi, visites d’entreprises, etc. Cela nous aide vraiment à développer notre réseau de partenaires.

Ariane : Par exemple, La Cravate Solidaire nous a récemment invités à un petit-déjeuner. Nous étions trois associations lauréates, ce qui a créé un cadre intime et propice aux échanges : discussions sur nos publics justice, partage d’actualités, informations sur des offres d’emploi pour femmes et hommes issus du milieu judiciaire.

Sarah : Bref, ce dispositif nous permet de bénéficier d’un réseau de partenaires très efficace.

Quel conseil donneriez-vous à d'autres structures souhaitant s'engager dans des initiatives similaires ?

Sarah : Ce serait d'avoir une bonne implantation dans Paris. Une implantation qui est assez ancienne pour avoir tissé un réseau de partenaires dynamiques et adéquats aux problématiques de chacun.

L’Îlot est lauréate depuis plusieurs éditions, quelles évolutions avez-vous pu observer ?

Sarah : On observe une précarisation croissante des publics et des enjeux autour des séniors. Avec le recul, on voit bien qu’il y a de plus en plus de situations de grande précarité, Nous intervenons auprès d’un public très spécifique : des personnes qui entrent en détention et qui peuvent tout perdre, se retrouver isolées et très vulnérables à la sortie.

Pour retrouver davantage d’informations sur ce dispositif, rendez-vous sur le site officiel de « Dynamiques Emploi ».

*Les prénoms ont été modifiés

Pour la troisième année consécutive, l’Îlot est fière d’être lauréate de l’Appel à projets Dynamiques Emploi, porté par la Ville de Paris.

Ce dispositif permet d’accompagner chaque année 50 Parisiennes et Parisiens placés sous main de justice, orientés par le SPIP de Paris, les Espaces Parisiens d’Insertion et les associations partenaires, dans un parcours intensif de six mois dédié à l’accès à l’emploi et à la formation.

En 2025, 50 personnes ont ainsi bénéficié de cet accompagnement au sein de l’Îlot, et 70 % d’entre elles ont accédé à un emploi et/ou à une formation.

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