10/01/2013

Parole de donateur

"J’ai le sentiment que dans la tête de de beaucoup de gens, un ancien détenu reste en quelque sorte « condamné à perpétuité », puisqu’on refuse de lui donner sa chance, sa place normale dans la société."

Parmi les donateurs de l’Îlot figurent des fondations ou fonds de dotation, qui soutiennent nos actions dans la durée. Monsieur B., fondateur de l’un de ces fonds de dotation, témoigne

Vous soutenez l'Îlot depuis quelques années ?

Lorsque j’ai créé, avec ma femme et nos 4 enfants, un fonds de dotation, nous avons choisi d’intervenir dans deux domaines en particulier : l’accompagnement de la fin de vie, et l’insertion ou la réinsertion de personnes en difficulté.

L’Îlot fait partie des premières associations que nous ayons soutenues, parce que son action se situe tout à fait dans notre champ d’intervention.
Nous avons eu la chance de visiter les établissements de l’Îlot à Amiens et de voir ainsi le travail de l’association sur le terrain. J’ai aussi assisté à deux assemblées générales ;  je garde un souvenir très fort du trésorier qui nous a présenté le budget pendant l’une de ces réunions en nous rappelant : « voyez derrière chaque chiffre une situation humaine ». J’apprécie cette maîtrise, ce professionnalisme qui ne perd jamais de vue la mission, profondément humaine, de l’association.

Pourquoi se préoccuper des personnes sortant de prison ?

Pour moi, ce qui complique le plus la réinsertion à la sortie de prison, c’est probablement le regard des gens, les phrases qui « tuent », comme : « il n’y a pas du fumée sans feu…
J’ai le sentiment que dans la tête de beaucoup de gens, un ancien détenu reste en quelque sorte « condamné à perpétuité », puisqu’on refuse de lui donner sa chance, sa place normale dans la société.

Dans les représentations qui circulent sur la prison, on trouve des généralités, des statistiques sur la surpopulation… on se concentre sur ce problème, on construit de nouvelles prisons, très sécurisées mais aussi déshumanisées, où la violence ne fait que croître. Alors qu’il faudrait réfléchir à la fonction de la prison. Sert-elle seulement à punir ? Doit-elle préparer la réinsertion ? J’ai l’impression que nos concitoyens sont seulement préoccupés par la sanction, la punition des coupables… et c’est vraiment une position à courte vue. Chaque détenu sortira un jour… préparons ce jour !

Ensuite, bien sûr, il faut compter avec les difficultés matérielles que rencontrent les personnes sortant de prison. Ce sont des difficultés bien réelles ! Quand on est malade et qu’on n’a pas accès à des soins remboursés, quand on souffre d’addictions, quand on n’a pas d’adresse… c’est difficile.

Enfin, je pense que le lien entre les détenus ou les sortants de prison et leurs enfants compte beaucoup. Quand un détenu a l’espoir de reprendre sa place de père, quand il a cet objectif en tête, il a de meilleures chances de « tenir » dans sa démarche de réinsertion.

Comment s'implique votre fonds de dotation ?

Nous avons créé un fonds de dotation, plutôt qu’une fondation, parce que la gestion du fonds est plus simple, elle laisse plus de liberté. Et puis, ce fonds de dotation, c’est un projet très fédérateur. Chacun de nos conseils d’administration est l’occasion de revoir nos quatre enfants, mais surtout de rencontrer le représentant d’une association qui nous parle de ses activités et des personnes accompagnées… Avec ce fonds, nos réunions familiales prennent une autre dimension. Nous ne nous contentons pas d’une liste de chèques à établir à la fin de l’année. Nous engageons un vrai dialogue avec les associations que nous soutenons dans la durée.

Si je devais rebaptiser notre fonds de dotation je lui donnerais le nom de « la goutte d’eau ». Nos dons ne sont toujours qu’une goutte d’eau dans l’immensité des problèmes qui nous entourent. Mais cette goutte d’eau, parfois, peut sauver une personne, lui rendre un espoir, apaiser une soif.

Et puis les associations que nous soutenons ont souvent « le nez dans le guidon » : avec la pression, les urgences à gérer, elles manquent parfois de temps pour prendre de nouveaux contacts. Alors quand nous pouvons amener deux associations à se rencontrer, à échanger… nous le faisons. P
Enfin nous participons à la bourse aux projets du Centre Français des Fondations (CFF), deux ou trois fois par an. A cette occasion, plusieurs projets associatifs sont présentés, et des fondations ou des fonds de dotation coopèrent pour soutenir ceux de leur choix.

Votre motivation ?

Cela prend du temps, mais on rencontre des gens extraordinaires. Celui qui donne reçoit plus encore. Pour moi, une vie réussie, c’est un tabouret à trois pieds : professionnel, familial et associatif. On a plus d’assise sur 3 pieds que sur 2 ou sur un seul !

Ce témoignage a été recueilli en octobre 2013.

Nous avons besoin de vous !

Sans votre soutien, nous ne pouvons mener à bien nos missions et agir sur tous les facteurs nécessaires à une réinsertion réussie comme l’accès à l’emploi ou à un logement, et lutter ainsi contre la récidive.

Offrez une seconde chance aux personnes en grande précarité et à celles et ceux qui ont connu la prison !

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