22/05/2026

Entretien avec Nassim

Nassim est en formation aux Ateliers qualification insertion (AQI) de Paris. A quelques semaines d’obtenir le titre professionnel d’employé polyvalent en restauration collective il revient avec nous sur ce que ce dispositif lui a apporté.

Pouvez-vous nous parler un peu de vous : avez-vous fait de la détention, quand êtes-vous sorti, et êtes-vous actuellement sous aménagement de peine ?
Oui. J’ai fait quatre mois de détention et deux mois en semi-liberté. C’est là que j’ai eu un rendez-vous avec Ariane (Chargée de mission emploi pour les programmes d’accompagnement socio-professionnel en Île-de-France) qui m’a parlé de la possibilité d’intégrer cet atelier d’insertion.
Depuis le 1er avril (2025) ma peine est terminée mais j’ai choisi de continuer avec L’Îlot parce que cela correspond à mon projet professionnel. Je veux créer, dans mon pays - la Guinée - une association pour former les gens aux normes d’hygiène dans la restauration. Et comme le titre que l’on peut obtenir à la fin de la formation est un diplôme d’État français, ça ouvre des portes. En Afrique, c’est très valorisé.

Donc vous suivez la formation ici avec ce projet de retour en Guinée ?
Exactement. Je veux rentrer une fois diplômé, pour transmettre ce que j’ai appris. L’équipe des AQI de L’Îlot m’a beaucoup encouragé. Ils m’ont dit qu’ils continueraient à m’accompagner pendant six mois après la formation. Ça m’a vraiment donné du courage. Parce que je me lance dans une aventure, avant j’étais chorégraphe, je suis d’ailleurs connu dans le milieu artistique là-bas. Je suis danseur professionnel. Je donnais des cours et j’avais ma propre compagnie. Mais je vois aussi la cuisine comme un art. C’est de la création, comme la danse.

Quand vous avez intégré le programme, où en étiez-vous sur le plan administratif ?
Comme ma détention a été courte tout était encore à jour : papiers, sécurité sociale, pôle emploi, impôts… Mais j’avais un gros problème de logement. L’Îlot m’a aidé à en trouver un. Dans un premier temps au travers de l’association les Bureaux du Cœur(1), j’y suis resté un mois. Aujourd’hui je suis au Centre d’hébergement et de réinsertion sociale Chemin Vert, j’habite dans un appartement en intermédiation locative à Aubervilliers. Tout ça c’est grâce à l’équipe.

Comment se passe votre formation ?
Elle a commencé le 18 mars 2025. On était une dizaine au départ, certains venaient de prison, d’autres non. On a appris à se connaître, à se faire confiance. C’est comme une famille. On s’aide entre nous, même en dehors. On mange ensemble, on s’invite. Il y a une vraie solidarité, et beaucoup ne savent même pas que certains ont fait de la prison.
Puis, en avril, on a eu beaucoup d’ateliers : sur le droit, la citoyenneté, la vie collective… Ça nous a aidés à comprendre nos droits et nos devoirs.
Ensuite, on a eu des stages. Mon premier stage, c’était dans un EHPAD. J’y ai appris à travailler en autonomie. Le deuxième, je l’ai fait à l’hôpital de la Reine de la Paix, à Paris.

Avez-vous découvert à L’Îlot des choses auxquelles vous ne vous attendiez pas ?
L’accompagnement. Ici, on ne te lâche jamais. Si tu as un problème, quelqu’un t’écoute. Même pour une avance de salaire(2), ils trouvent une solution. L’Îlot, ce n’est pas seulement une formation : c’est un vrai accompagnement humain.

Pensez-vous que vous auriez pu avancer de la même manière sans L’Îlot ?
Non, je ne pense pas. En sortant de prison, j’avais perdu confiance. L’Îlot m’a permis de la retrouver, grâce à l’équipe et au groupe. Cet accompagnement
a changé beaucoup de choses pour moi. J’ai découvert des qualités que je ne connaissais pas. Par exemple, j’écris un livre en ce moment. Ça m’a donné confiance pour parler, pour agir.

Aujourd’hui, comment voyez-vous votre avenir ?
Je vais terminer la formation, travailler un temps en France, l’hôpital où j’ai fait mon stage m’a proposé un poste, puis retourner en Guinée quand je serai prêt. Là-bas, je veux créer mon association de restauration collective. J’ai déjà une autre association artistique, “Sami”, donc j’ai un peu d’expérience dans la gestion.

Quel message aimeriez-vous adresser à des personnes qui sortent de prison ?
Je veux leur dire : soyez patients. La vie ne change pas du jour au lendemain. Il faut de la volonté. Si tu sors de prison sans changer ton état d’esprit, tu retourneras dedans. Il faut croire en soi, s’entourer, et chercher de l’aide. Des associations comme L’Îlot, ça change une vie.

Et un dernier mot ?
Oui. J’aimerais que L’Îlot soit présent partout en France.

(1) Les Bureaux du Cœur est une association française qui utilise des espaces de bureaux inoccupés pour offrir un hébergement temporaire aux personnes en situation de précarité
(2) Les personnes qui intègrent un Atelier et chantier d’insertion ont un statut de salarié. Ils sont salariés par la structure qui gère l’ACI via un Contrat à durée déterminée d’insertion (CDDI). La durée minimum d’un CDDI est de 4 mois. Il peut être renouvelé plusieurs fois jusqu’à 24 mois maximum. Une exception peut être faite pour les personnes sous main de justice ayant fait l’objet d’une condamnation et bénéficiant d’un aménagement de peine. La durée de ce contrat ne peut alors être inférieure à 4 mois, et idem, il peut être renouvelé dans la limite d’une durée totale de 24 mois.

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