02/02/2026

Dhisma, l’Îlot la rencontre qui a changé sa vie

Après 3 ans de détention Dhisma a intégré un des programmes d’accompagnement socio-professionnel de l'association : O2R*. Grâce à ce dispositif elle est passée du plus profond abattement à une volonté de reconstruction. Elle a tenu à témoigner du soutien que lui a apporté l’Îlot dans ce parcours ardu.

Pour commencer, est-ce que vous pouvez vous présenter un peu ?
Dhisma : J’ai 37 ans, j’ai cinq enfants… enfin quatre enfants à moi et un à charge : mon neveu. J’ai été incarcérée presque trois ans, et maintenant je suis sortie, avec un bracelet électronique que je vais bientôt enlever. C’était un aménagement de peine sur six mois.

Comment avez-vous entendu parler de l'Îlot et rejoint le programme O2R ?
Dhisma : J’étais en prison. C’était la veille de ma sortie et on m’a convoquée pour un entretien au parloir. Là, j’ai rencontré Zoé Chargée de mission emploi qui m’a présenté la possibilité d’être accompagnée par l’Îlot à ma sortie.
Zoé : Oui, avec Dhisma, on a pu commencer l’accompagnement immédiatement, C’est très rare que ça se passe ainsi, normalement, ça prend des mois avant de rencontrer quelqu’un et préparer la sortie. Mais là, tout s’est enchaîné très vite.

À ce moment-là, quelle était votre situation vis-à-vis du logement, du travail de la santé et tout ce qui touche à l’administratif ?
Dhisma : J’avais gardé mon logement. Mon frère est venu y vivre avec sa femme. Ils se sont occupés des enfants, qui - grâce à ça - n’ont pas été placés. C’était très bien pour eux. La juge a dit que j’étais une bonne mère malgré mon absence. Ça m’a vraiment aidée à tenir. En détention j’avais peur de sortir, j’avais honte, je n’avais plus aucune confiance en moi. Mais en pensant à mes enfants qui avaient besoin de moi, j’ai pu me préparer avec la psychologue et la CPIP (Conseillère pénitentiaire d’insertion et de probation), et finalement trouver la force de sortir.
Zoé : Oui, et ça a permis de valoriser votre rôle de mère, ce qui est très important pour la confiance en soi.

Et côté administratif, quelles ont été les difficultés ?
Zoé : On a travaillé sur toutes les démarches, notamment les dettes cumulées pendant le temps de détention, et l’indemnisation des parties civiles.
Dhisma : Oui… j’avais 13 000 € de dettes à la CAF. Grâce à Zoé, on a fait un courrier pour expliquer ma situation, et elles ont été réduites à 6 000 €.
Zoé : Ensuite, on a mis en place un échéancier de 50 € par mois pour rembourser le fonds de garantie des victimes, c’était beaucoup plus abordable. Et on a aussi coordonné toutes les informations avec la CAF, pour éviter les erreurs, et s’assurer que Dhisma conserve ses droits au RSA, ses allocations, et on a refait les déclarations d’impôts. Pour le logement, on a fait une demande d’aide exceptionnelle à la ville de Paris.

Sur le plan professionnel, ça s’est passé comment ?
Zoé : On a préparé tous les documents pour la signature du CDDI (Contrat à durée déterminée d’insertion), refait le CV, et on a exploré des formations adaptées aux aspirations et contraintes de Dhisma.
Dhisma : J’ai envie d’un travail stable et agréable, secrétaire médicale par exemple. En attendant de commencer une formation, je travaille en CDDI dans un magasin bio et en même temps, je m’occupe de mes filles et de mes démarches. Zoé m’a aidée à organiser tout ça avec les stages et la compatibilité avec mon emploi.
Zoé : On a aussi vérifié que le travail réponde à ses besoins financiers tout en laissant de la place pour ses projets personnels.

Et côté santé ?
Dhisma : J’ai pris tous mes rendez-vous médicaux : généraliste, gynécologue, dentiste… c’est mon frère qui m’aide pour régler ces frais.
Zoé : On a fait un bilan complet pour repartir sur de bonnes bases.
Dhisma : J’ai maintenant un suivi psy. C’est une écoute exceptionnelle, et ça fait une vraie différence.
Zoé : On a orienté Dhisma vers le bon professionnel, adapté à ses besoins et sensibilités.

Quand vous avez rencontré l’Îlot, vous pensiez que tout ça serait possible ?
Dhisma : Non ! C’est bien au-delà de mes espérances. Je pensais que ça prendrait beaucoup de temps, mais on a avancé très vite. Chaque semaine, on avançait d’une étape à l’autre. Ce soutien a été crucial : sans l’Îlot, je me serais sentie perdue, surtout avec toutes les dettes et les démarches. Ça m’a donné confiance… je me sens capable de prendre des décisions seule, gérer ma vie et mes enfants. En cinq mois, beaucoup de choses ont été accomplies.
Zoé : Et c’est aussi grâce à sa motivation. En effet Dhisma a été très proactive, et ça a rendu l’accompagnement beaucoup plus efficace.

Si vous deviez résumer ce que l’Îlot a changé pour vous…
Dhisma : L’Îlot et Zoé m’ont donné confiance en moi. Elles m’ont aidée à mettre de l’ordre dans mes priorités. Maintenant, je sais que je peux avancer seule, être une mère présente et un exemple pour mes enfants.
Zoé : Tout ce qu’elle a accompli, c’est grâce à sa volonté et son implication.
Dhisma : J’ai découvert que je suis forte, capable, et indépendante, je peux faire des choix pour ma vie, ce dont je ne me croyais pas capable.

Quel message donneriez-vous à d’autres personnes et notamment des femmes qui sortent de détention ?
Dhisma : Croyez en vous ! Et pour celles qui auraient la possibilité d’être accompagnée ici : faites confiance à l’Îlot ! L’Îlot ne fait pas les choses à votre place mais vous suit et vous soutient. Grâce à ça, j’ai pu reconstruire ma vie, petit à petit, avec mes enfants, et je me sens prête pour l’avenir.
Zoé : Oui, le rôle de l’Îlot, c’est de donner les outils et le soutien nécessaire pour que chacune et chacun puisse reprendre sa vie en main.

*Le programme O2R

« L’offre de repérage et de remobilisation (O2R)
Repérer et remobiliser les publics éloignés de l’emploi
Parce que l’éloignement de l’emploi peut être lié à des difficultés multiples (logement, santé, mobilité, maîtrise du français, etc.), le ministère du Travail déploie une offre de repérage et de remobilisation destinée aux personnes les plus vulnérables dans une logique d’aller vers et d’adaptation aux besoins spécifiques de chaque individu.
[…]
Les opérateurs sélectionnés déploient des démarches adaptées aux réalités locales. En lien avec le réseau pour l’emploi, les collectivités, ils contribuent à renforcer l’accès aux dispositifs d’accompagnement vers l’emploi ou à des formations qualifiantes et doivent permettre aux bénéficiaires un raccrochage aux dispositifs de droit commun. »

travail-emploi.gouv.fr

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