24/11/2025

Bruno, résident au CHRS Chemin Vert

Bruno* est résident au Centre d’hébergement et de réinsertion sociale Chemin Vert, un CHRS dédié aux hommes sortant de prison ou encore sous main de justice. Bruno revient avec nous sur sa vie dans l’établissement, sur son suivi, son parcours.

Pouvez-vous nous raconter votre arrivée au Centre d’hébergement et de réinsertion sociale Chemin Vert ?
J’étais incarcéré : une peine de 4 ans. Le premier mois en détention a été le plus difficile, le temps de trouver mes marques. J’ai commencé à travailler au bout d’un mois et dix jours. J’étais « rationnaire » : je gérais les repas et les petits-déjeuners, je prenais les commandes. Ma fin de peine était prévue pour septembre 2025, mais je suis sorti le 28 mars 2024, avec six mois de remise de peine.
C’était ma première et dernière peine.

Comment avez-vous connu l’Îlot et le CHRS Chemin Vert ?
Par l’association FAIRE (association partenaire de l’Îlot). La personne de l’association m’a parlé de la possibilité d’un logement au CHRS. Elle m’a dit : “Tu as eu un très bon parcours, tout ira bien.” Et c’est comme ça que je suis arrivé ici.

Qu’avez-vous pensé en arrivant au CHRS ?
C’est la première fois que j’étais logé en CHRS. Franchement, c’est très bien. Pour les personnes sortant de détention, ça aide beaucoup. Heureusement qu’il existe des structures comme celle-là. Ce qui m’a marqué à mon arrivée, c’est l’accueil. Tout le monde est gentil, poli. L’équipe est top. Je me lève tôt, toujours avec le sourire.

À quoi ressemble une journée type pour vous ici ?
Le matin, je pars chercher du travail. Je ne reste pas à attendre qu’un patron m’appelle. Je fais toutes les brasseries, les restaurants, je dépose mes CV et mes lettres de motivation. Si la personne n’est pas là, je laisse mes coordonnées. J’ai eu plusieurs contacts. Ensuite, je reviens au CHRS, je ne traîne pas dehors. Parfois, je prends un café à côté, puis je rentre.
Il y a des résidents avec qui je parle, d’autres moins. Je suis méfiant, mais globalement, ça se passe bien. Je suis un peu renfermé. Avant, j’étais plus ouvert, mais la détention m’a marqué. J’apprends à refaire confiance.

Que pensez-vous des règles de vie du CHRS ?
Pour moi, elles sont nécessaires. Il y a des jeunes qui n’ont aucun repère, donc c’est bien qu’il y ait un cadre. Moi, je suis quelqu’un de dialogue. Si un jeune parle mal, je le reprends gentiment. Je lui dis : “Respecte-toi, parle correctement.”

Comment se passe votre suivi avec votre référente ?
Très bien. Je suis très autonome, je fais tout seul. Carte Vitale, papiers d’identité, logement… tout est à jour. Mais l’équipe est là si besoin, donc on se voit quand c’est nécessaire. Comme pour mon premier rendez-vous avec les SPIP (Services pénitentiaires d’insertion et de probation) : c’était compliqué d’obtenir une date, c’est ma référente qui m’a aidé pour ça.

Le fait d’avoir des éducateurs ici, ça vous apporte quelque chose ?
Oui, c’est confortable, c’est rassurant. Moi, je suis autonome, mais pour d’autres, c’est essentiel. J’observe beaucoup. Certains ont besoin qu’on les pousse. Moi aussi, j’essaie de les motiver : “Va à France Travail, fais tes démarches, montre que tu bouges.”
Quand je vois des gars perdus, ça me motive à rester sur la bonne voie. Je sais que c’est à nous de nous prendre en main pour nous en sortir.

Quels changements avez-vous remarqués depuis que vous êtes accompagné par l’Îlot ?
Cela ne fait que cinq mois que je suis ici et je ressens encore des séquelles de mon incarcération, donc j’ai demandé à voir un psychologue. Mais en dehors de cet aspect, je suis très actif : je me lève le matin à 6 h, je vais courir, je reviens à 9 h. Je veux avancer.
J’ai repris confiance et espoir. Le travail, c’est ma priorité. Ensuite, un appartement. Je veux une vie normale. Maintenant, je vais droit devant, je n’ai plus le stress que j’avais en prison. Les gens qui nous accueillent ici sont très sympas, très gentils.

Où vous voyez-vous dans un an ?
En dehors d’ici. Avec un travail, un logement, une vie stable. Je suis plus posé. Peut-être rencontrer quelqu’un, refaire ma vie. Pourquoi pas partir ailleurs, dans un autre pays.

Qu’aimeriez-vous dire à quelqu’un qui hésite à venir ici après la détention ?
Qu’il ne faut pas hésiter. C’est une bonne structure. Après, chacun doit vouloir s’en sortir. Il y a des gens ici qui ne se rendent pas compte de la chance qu’ils ont.

Et à nos donateurs, ceux qui soutiennent l’Îlot ?
Franchement, je leur tire mon chapeau. Sans eux, beaucoup seraient dehors. C’est une belle structure, utile.

Si vous deviez résumer votre expérience ici en un mot ou une image ?
Je dirais : “Une seconde chance.” C’est ce que ça représente pour moi.

*le prénom a été modifié

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