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Tables Rondes - 29 novembre - Amiens

De l'écrou vers l'entreprise : quelle place pour l'Insertion par l'Activité Économique

 

Parcours d'insertion des personnes sous main de justice ou sortant de prison

 

Tables rondes co-organisées par l'ÎLOT, la FNARS (www.fnars.org) et le GRIEP (www.griep.asso.fr)

 

 

  • 14h - 16hInsertion, probation, préparation à la sortie en prison
  • 16h - 17h45Parcours d'insertion hors les murs et accompagnement vers l'emploi
  • 18h45 - 20h45Accueil de sortants de prison en entreprise : craintes et réussites

 

 

Espace Dewailly

3, place Louis Dewaiily

80 000, Amiens

 

Entrée libre et gratuite

 

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Colloque - Sortir de prison, entrer dans l'emploi - mai 2011

 

L'Îlot et onze associations partenaires ont organisé les 3 et 11 mai 2011 un colloque sur le thème Sortir de prison, entrer dans l'emploi, sous le haut-patronage de Jean-Paul Delevoye, président du Conseil économique, social et environnemental.

 

 


 

80 000 personnes quittent la prison chaque année ; en majorité des jeunes hommes qui ont effectué de courtes peines. Leur réinsertion dépend en grande partie de leur capacité à rejoindre le monde du travail. Ces personnes ont souvent du mal à être embauchées et leurs possibilités d’insertion dépendent largement du regard et des attitudes des entreprises vis-à-vis d’elles. Certains employeurs accueillent déjà des sortants de prison, d’autres en sont empêchés par les règlements sur la sécurité (casiers judiciaires), certains y sont opposés, d’autres enfin ne se sont jamais posé la question. Comment peut-on faire évoluer cette situation ? Quelles attitudes les associations luttant contre les discriminations et pour la diversité prônent-elles face aux sortants de prison ?


Intervenants au Palais du Luxembourg - 3 mai 2011:

  • Jean-Paul Delevoye, président du CESE (Conseil économique, social et environnemental), ancien médiateur de la République
  • Xavier Emmanuelli, médecin, président-fondateur du Samu Social
  • Hugues Sibille, vice-président du Crédit Coopératif
  • Yacine Djaziri, président fondateur de l’entreprise Azro, lauréat des Espoirs du Management 2010
  • Jean-René Lecerf, sénateur du Nord et rapporteur de la loi pénitentiaire

 

 

 

 

 

Sénat

 


J.P Delevoye, Y. Djaziri - Sénat

 


Intervenants au Collège des Bernardins - 11 mai 2011:

  • Marie-Thérèse Hermange, sénateur de Paris
  • Jean-Jacques Prompsy, ancien dirigeant d’entreprise, écrivain, rapporteur de l’étude de l’Institut Montaigne sur les prisons (sept. 2008)
  • Charlotte Duda, DRH de Stream Global Services, ancienne présidente de l’ANDRH, administratrice chargée des initiatives d’insertion
  • Vincent Bouznad, directeur du pôle societal du développement durable de la SNCF.

 

 

 

J.J.Prompsy, M.T. Hermange, C.Duda, V.Bouznad

Collège des Bernardins

 


J. Celier - Collège des Bernardins

 


Les problématiques de la réinsertion par l'emploi ont généré lors de ces deux soirées un taux de participation très appréciable, qui nous encourage à vouloir poursuivre cette réflexion commune via de nouvelles actions.

Un questionnaire intitulé Vision, dans l'entreprise, de l'emploi de personnes ayant connu la prison, a été crée et diffusé à l'occasion de cette manifestation. Nous avons eu de nombreux retours et vous en sommes très reconnaissants. Le corpus constitué en est d'autant plus riche et représentatif.

 

Consulter les résultats du questionnaire 

Consulter le dossier de presse 

Consulter les actes du colloque


photo 1-3-4: © l'Îlot / photo 2: © Thierry Berthou - Reproduction interdite

 

 

 

 

Colloque - La sortie de prison : deuxième peine ou deuxième chance ?

décembre 2009

 

A l’initiative de l’Îlot, un colloque en deux parties s’est tenu en décembre 2009 sur la réinsertion des sortants de prison, au Collège des Bernardins puis au Sénat.

Un des objectifs de la justice pénale est la réinsertion au coeur de la société de ceux qui sortent de prison. Alors que sont actuellement discutés la loi pénitentiaire et le programme de construction de nouvelles prisons, quel est notre regard sur les sortants de prison ? Qu'est-ce qui fonde le regard de l'opinion publique ? Ce regard, qui exclut ou accompagne, peut-il évoluer ?

Ce colloque a rassemblé des philosophes, des juristes, des représentants ou des proches des victimes, des journalistes, des hommes politiques et des entrepreneurs:

  • Guy Aurenche, avocat pénaliste, spécialiste des droits de l’homme ;
  • Alain Cugno, philosophe, vice-président de la FARAPEJ ;
  • Claude Grandjean, directeur du département justice et sécurité, président du Conseil d’Etat, Canton de Fribourg (Suisse),
  • Michel Bourgat, médecin, fondateur de la Fédération pour l’Aide et le Soutien aux victimes de la violence ;
  • Isabelle Le Bourgeois, contrôleur au Contrôle général des lieux de privation de liberté, ancien aumônier de la prison de Fleury-Mérogis ;
  • Jean-René Lecerf, sénateur du Nord, rapporteur de la loi pénitentiaire ;
  • Alain Salles, journaliste en charge des questions de justice, Le Monde ;
  • Michel de Virville, ancien DRH de Renault, co-directeur du Collège des Bernardins.

Marie-Thérèse Hermange, Sénateur de Paris, a patroné et animé le débat au palais du Luxembourg et Catherine Escrive celui du Collège des Bernardins.

 

 

Synthèse des deux conférences par Alexis de Vanssay

 

Un enjeu qui concerne toute la société

Autant d’acteurs de la société civile, autant de sensibilités, d’actions, qui participent à forger une vision communément admise de « l’ancien détenu ». Il était donc nécessaire de rappeler en introduction, comme le fit le président de l’Îlot, la responsabilité de la société tout entière dans la construction de l’image du sortant de prison. Et de ne pas reporter les responsabilités, comme les solutions, vers l’Etat et le gouvernement, au risque d’occulter la part d’influence qui revient à la société.

 

Le regard des sortants de prison sur eux-mêmes

Alors que près de 85 000 personnes sortent de prison chaque année en France, il faut se souvenir que dans la majorité des cas, il s’agit d’une sortie sèche. Le terme dans sa rudesse, évoque les difficultés de tous ceux qui ne bénéficient d’aucune préparation à leur sortie. Avoir purgé sa peine ne suffit pas à réintégrer la société sans problème.
Marie-Thérèse Hermange, sénateur de Paris cite la lettre d’un ex-détenu, Joël Troussier* : « J’ai l’impression que  quoi que je fasse, je ne serai jamais quitte de ma dette. » Le philosophe Alain Cugno évoque le choc carcéral de la sortie, terriblement  angoissante et inquiétante. Il manque à l’ancien détenu le capital-confiance minimum pour s’en sortir. Selon Alain Cugno, l’ancien détenu se promène avec une prison virtuelle autour de lui. Claude Grandjean cite un ex-détenu : « J’aimerais tant que la société se penche sur ma part humaine et ma fonction d’homme. » Marie-Thérèse Hermange parle de la peur au ventre qui tenaille les détenus à leur sortie. Elle poursuit : le sortant de prison est infantilisé. Il a tout perdu en prison : la liberté de disposer de son temps, ses repères spaciaux, son identité, ses liens sociaux ; son cerveau est resté trop souvent en jachère. Enfin, il pense qu’il est impossible de tirer un trait sur son passé carcéral. Pour Isabelle le Bourgeois, ancien aumônier de la prison de Fleury-Mérogis, la peur est précisément là.

 

Des sortants de prison stigmatisés par la société
Michel de Virville, ancien DRH de Renault parle du passé de détenu comme un stigmate et un handicap aux yeux de la société et des entreprises.
Pour Alain Cugno, « la société civile pense qu’elle est en position de supériorité par rapport aux sortants de prison, alors qu’elle ferait bien de se demander ce qu’elle pense, elle, de sa propre situation ». « On sait qu’une société incarcère non en fonction de son taux de  criminalité mais en fonction de son mal-être. On peut donc en déduire que mieux une société se porte, plus elle sera en mesure d’accueillir les sortants de prison. La seule manière d’accueillir un être qui sort de prison, c’est d’être soi-même dans une telle liberté que l’on est capable de rejoindre la liberté de celui que l’on a en face de soi, aussi meurtri et aussi handicapé soit-il par la condition dans laquelle il se trouve. C’est un travail sur nous-mêmes que nous devons faire. Et Alain Cugno d’ajouter : « Notre société est une société qui a peur. Non seulement nous avons peur, mais nous aimons avoir peur, nous faisons semblant d’avoir peur. Cette peur nous dispense d’être libres et heureux. »
Alain Salles, journaliste en charge des questions de justice au Monde reconnait que les médias s’intéressent aux sortants de prison s’ils sont célèbres ou s’ils récidivent. Cela leur permet de relancer le débat sur la récidive et d’ajouter une couche de préjugés dans l’opinion sur les sortants de prison.

 

Passer de la peur individuelle et collective, à l’accueil
Le regard stigmatisant de la société sur les sortants de prison relève d’une peur présente en chacun de nous. Les solutions, se trouvent, pour une grande part, dans l’apprentissage de l’ouverture à l’autre, de la générosité. Passer de la peur à l’accueil ; changer « un regard qui les fige » selon les mots d’Isabelle le Bourgeois. Les orateurs ont donné quelques pistes, chacun dans son domaine de compétence. Pour Marie-Thérèse Hermange, sénateur de Paris, c’est « un devoir pour la société d’accompagner le sortant de prison » et c’est dans le cadre de cet accompagnement qu’elle situe la mission de contrôle menée par les sénateurs.
Claude Grandjean présente le dispositif en vigueur en Suisse dans le comté de Fribourg : un processus d’accompagnement mis en place par un comité de probation, avec un agent de probation qui suit pendant cinq ans l’ancien détenu à partir de sa sortie de prison. Et de la Suède où chaque sortant de prison est accompagné par un référant. Rien de tel en France.
Michel de Virville précise « qu’il faut bien mesurer la diversité des situations. Certains retrouvent à la sortie de la famille un métier, tandis que l’immense majorité se retrouve sans travail et sans soutien, sans même un toit. »
Alain Cugno rappelle la charge de l’Administration pénitentiaire : cette dernière est responsable de la dignité des personnes qui lui sont confiées à quelque titre que ce soit. Si la dignité de la personne détenue doit être respectée à l’intérieur de la prison, elle doit l’être aussi à la sortie.

 

Quelle évolution dans la situation des sortants de prison
Si selon Claude Grandjean, la majorité des personnes qui sortent de prison dans le comté de Fribourg a un contrat de travail grâce à des dispositifs de mise en relation des détenus avec les entreprises, ce n’est pas le cas en France. Pour Michel de Virville, en France, « le tissu économique n’est pas prêt à les recevoir. » L’ancien DRH note que le détenu n’est pas un cas constitué dans la gestion des entreprises. Et qu’un ancien prisonnier constitue un risque pour les décideurs économiques ; or « le risque c’est quelque chose que l’entreprise n’aime pas. » Michel de Virville trace quelques pistes pour favoriser l’intégration professionnelle des anciens détenus: le partage d’expérience entre responsables du personnel d’entreprise afin de détecter les freins à l’embauche ; l’importance d’une première expérience professionnelle indispensable pour changer le statut de l’ancien détenu aux yeux de l’entreprise. Michel Bourgat est une victime et un acteur de la réinsertion à Marseille. Son poste de délégué au SAMU social le met en relation avec des personnes qui sortent de prison. Son leitmotiv est de comprendre. « Trouver des explications, rentrer dans l’acte. » Pour lui, un travail avec le prisonnier avant sa sortie est absolument indispensable. « Il y a une nécessité pour moi de préparer la sortie de prison sans stigmatisation. »
La loi pénitentiaire du 24 novembre 2009 prévoit des dispositifs relevés par Jean-René Lecerf, sénateur du Nord, pour préparer le prisonnier à sa réinsertion : obligation d’activité, instauration de droits sociaux et d’un revenu minimum carcéral. Cette loi n’instaure cependant toujours pas un suivi et un accompagnement des sortants de prison comme en Suisse ou en Suède.

Jean Celier, président de l’Îlot, a conclu le colloque. « Ces débats ont permis de penser à des personnes qui sont loin de nous et qui ont besoin de nous. Elles ont besoin de nous notamment dans la manière dont nous parlons d’eux autour de nous. » Et de rappeler que si un dixième, seulement, des participants au colloque parle de ce sujet dans son entourage sous un angle différent que celui du binôme répression/indifférence, ces rencontres auront servi à quelque chose.

Alexis de Vanssay, journaliste indépendant

 

* « J’aurais préféré qu’on me tue… » aux Presses de la Renaissance, 2000.