50 ans d'engagements !

En 2019, l'Îlot fêtera ses 50 ans. Michel Rötig et Jean Celier furent respectivement président de l’Îlot de 1989 à 2002, et de 2006 à 2016. Ils se sont prêtés au jeu de l’interview croisée pour évoquer les grands moments passés et à venir de l’Îlot.
12
déc
2018
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L’Îlot aura 50 ans en 2019, pourriez-vous nous expliquer en quelques mots ce que représente l’Îlot pour vous ?

Jean Celier : L’Îlot c’est l’engagement d’une association de salariés, de bénévoles et de nombreux donateurs au service des personnes parmi les plus cruellement exclues de la société parce que leur passage en prison les désigne trop souvent comme des coupables que la peine ne suffirait pas à réhabiliter. 
L’Îlot c’est aussi une organisation qui conjugue les ressources publiques et la générosité des citoyens pour démontrer que l’accompagnement de ceux qui ont connu la prison est l’affaire de toute la société et non une prestation sociale.
L’Îlot c’est surtout une communauté convaincue que tout homme vaut plus que les actes condamnables commis et qu’il peut reprendre une place digne dans la société.

Michel Rötig : J’adhère complètement aux propos de Jean, c’est là une preuve que les principes fondamentaux de l’Îlot restent intacts.

Quelle est la plus belle réalisation de l’îlot ? 

Michel Rötig

M. R. : Il y a trente ans, en 1988, des erreurs de gouvernance avaient placé L’Îlot devant un sort funeste. Sa pérennité était menacée, son personnel déstabilisé, la confiance de ses soutiens ébranlée. L’urgence exigeait d’assurer d’abord sa survie. 

L’action entreprise s’était concentrée sur trois domaines : 

  • - rétablir la situation financière;
  • - améliorer la qualification professionnelle des personnels ;
  • - fortifier les ateliers d’Amiens, pour passer de la simple occupation à la formation vers l’emploi.

Ainsi furent établies des fondations solides sur lesquelles bâtir les actions nouvelles.
En trois années, la situation fut redressée, la confiance des DDASS et des donateurs rétablie.

 

 

J. C. : Je crois que c’est la création des Ateliers Qualification Insertion (AQI). Cette initiative originale regroupe dans une même démarche vers l’emploi, une formation qualifiante, une expérience professionnelle, une vie d’équipe et un accompagnement social personnalisé. Cette expérimentation probante, qui aura 10 ans en 2019, a été rendue possible grâce à la générosité sans faille des donateurs de l’Îlot.

Quels sont les principaux obstacles auxquels doit faire face l’Îlot aujourd’hui et comment peut-elle les surmonter ? 

J. C.  : Un des grands obstacles est la frontière qui existe entre le dedans et le dehors de la prison. La démarche de réinsertion a besoin de continuité et la sortie sèche  est bien souvent dramatique. La coopération entre les diverses administrations concernées (justice et cohésion sociale), les partenariats entre associations agissant en prison et en dehors, la sensibilisation de la société civile aux besoins réels des anciens détenus et aux exigences d’une réinsertion efficace sont les voies difficiles mais réalistes pour surmonter les difficultés. Chaque personne convaincue, chaque donateur mobilisé, chaque électeur clairvoyant peut contribuer à changer le regard sur les personnes ayant connu la prison et, de là, à faire évoluer les solutions à mettre en œuvre.

M. R. : J’ajouterais une difficulté, conjoncturelle, qui semble menacer les associations ; c’est la politique fiscale du gouvernement. Elle comporte des inconnues qui conduisent les donateurs à se rétracter en attendant d’y voir plus clair ; ici ou là, les dons ont brusquement chuté. L’Îlot devra être attentive à ces évolutions et continuer à diversifier les financements pour poursuivre ses actions. 

Quels sont les grands chantiers que l’Îlot doit encore mener ? 

Jean CelierJ. C. : Accueillir, accompagner, soutenir, responsabiliser en hébergeant, en formant, en éduquant au savoir vivre ensemble, en guidant vers l’emploi : en 50 ans, l’Îlot a développé des démarches qui font leur preuve. Mais les besoins vont croissant  et l’Îlot n’est présent que dans très peu de territoires. Les grands chantiers sont ceux du développement : faire reconnaitre officiellement la démarche des Ateliers Qualification Insertion, s’implanter ailleurs qu’en Région parisienne et en Picardie, créer d’autres lieux d’accueil, d’hébergement et de formation. Cela n’est possible que si d’autres soutiens se mobilisent comme bénévoles, comme donateurs, comme relais d’opinion, pour faire partager plus largement la conviction que toute la société doit porter une attention active et bienveillante à ceux qui, après être tombés, doivent se remettre debout et retrouver leur place. 

M. R. : Certainement les Ateliers Qualification Insertion constituent la grande réalisation réussie et la plus prometteuse ; en même temps que sa généralisation, il faudrait proposer d’autres secteurs professionnels que celui de la restauration, dans lesquels les personnes puissent se former.

Comment voyez-vous l’îlot dans 10 ans ?

M. R. : C’est entre la sortie de la prison et le retour à la vie que se situent les plus grands dangers pour les «  libérés » ; effacer ce risque de récidive en passant directement de la prison à une maison d’accueil, tel pourrait être le grand défi pour l’Îlot. 

J. C. : Dans 10 ans, j’espère que l’Îlot aura, avec le soutien fidèle de ses donateurs, grandi dans trois directions :
celle du développement géographique en ayant établi d’autres antennes d’hébergement et de formation dans des villes comme Toulon, Lille, Lyon ou ailleurs, en fonction des partenariats et des opportunités, celle du bénévolat avec plus de bénévoles pour enrichir l’action et témoigner de l’engagement de la société civile auprès de ceux qui ont connu la prison, celle de la notoriété, en faisant de l’Îlot, l’association de référence dans la réinsertion des personnes sortant de prison.